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«Dans la peau du premier caméraman de guerre»: Information et propagande
Geoffrey Malins © TV5

«Dans la peau du premier caméraman de guerre»: Information et propagande

Lundi 13 juin 20 h, TV5

Par Alexe-Sandra Daigneault / TV Hebdo - 2016-05-25 14:36:07

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, les citoyens n’ont que les photographies des journalistes pour se faire une idée de ce qui se passe au front. Mais quand l’armée britannique mandate un caméraman officiel, Geoffrey Malins, la révolution de l’information est lancée.

 

Jusqu’en 1916, seuls les soldats savent vraiment ce qui se passe dans les tranchées bombardées par les Allemands, puisque le ministère de la Guerre tient les journalistes loin du front. Pourtant, c’est grâce à une initiative de la couronne britannique que naît le premier documentaire: caméraman de guerre officiel, Geoffrey Malins — accompagné de J.B. McDowell — est en effet le premier à se rendre sur le terrain pour capter des images de la bataille de la Somme, et le film qui en résulte fait un malheur partout sur la planète.

Grâce à des images d’archives, à des extraits du journal de Malins ainsi qu’aux interventions de quelques historiens, Dans la peau du premier caméraman de guerre raconte ainsi les circonstances qui ont permis au caméraman non seulement de marquer l’histoire, mais aussi de la transformer.

Le vrai du faux

Le documentaire de Geoffrey Malins, intitulé La bataille de la Somme, n’en est pourtant pas tout à fait un. Loin de l’objectivité qu’on connaît aujourd’hui, ce film a été commandé par le Cabinet de guerre dans le seul but de vendre la guerre aux citoyens, de les rassurer sur l’état de la situation et de les convaincre de la victoire imminente des pays opposés à l’Allemagne.

Si La bataille de la Somme nous montre les premières véritables images d’assauts, de bombardements et de soldats blessés, il comporte aussi des reconstitutions cachées... ainsi que quelques mensonges. Présentée au public comme une flamboyante victoire, la bataille de la Somme de juillet 1916 s’est en effet classée parmi les plus meurtrières pour les Français et les Britanniques, avec un million de morts et de blessés contre quelques centaines chez les Allemands. Pourtant, 20 millions de Britanniques, la famille royale ainsi que des millions de spectateurs de partout sur la planète visionnent un film qui ne montre que le courage, la résilience et l’héroïsme de l’armée britannique, et qui laisse croire à une victoire sans précédent.

Un petit coup de pouce

Inscrit au registre des Mémoires du monde de l’UNESCO en 2006, La bataille de la Somme n’est donc pas un documentaire à proprement parler, mais bien un film de propagande appuyé par des faits. Pour comprendre la nécessité d’un tel film, il faut se plonger dans l’histoire européenne et découvrir quelles circonstances ont participé à sa naissance.

Au début de la guerre, le cinéma est considéré comme un art de divertissement mineur, mais les spectateurs réclament plus de substance. Parallèlement, l’armée britannique, inexpérimentée et en manque d’effectifs, cherche un moyen de stimuler la mobilisation. Alors que les vedettes de la chanson et du cinéma (dont Charlie Chaplin lui-même) utilisent leur tribune pour parler de guerre, le gouvernement a l’idée de participer au mouvement et de créer ses propres films — une idée qui a du génie, puisqu’après Une brillante victoire française dans les Vosges (1915) et La bataille de la Somme, les adversaires de l’Allemagne accueillent des milliers de volontaires supplémentaires qui feront changer l’issue, jusque-là incertaine, de la Première Guerre mondiale.

Petite et grande histoire

La leçon d’histoire militaire et culturelle que nous donne Dans la peau du premier caméraman de guerre n’est toutefois pas aussi fascinante que le parcours personnel de Geoffrey Malins. Alors qu’il nous raconte les dangers sans cesse présents dans les tranchées, les difficultés que pose le fait de traîner 35 kg de matériel, les risques de filmer sous les bombardements et l’étonnement des soldats devant sa présence, le caméraman nous apparaît comme une homme courageux et ambitieux qui ignore qu’il changera bientôt l’histoire. À l’origine de la guerre de propagande et du genre documentaire, Malins était, finalement, un témoin privilégié et déterminé à faire connaître la guerre au public, et qui a réussi à prouver qu’un seul homme peut faire toute la différence.