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Derrière l’image: les musiciens de la télé
À l’avant: Pierre-Luc Rioux, Sari Dajani, Iohann Martin et John Von Aichinger; à l’arrière: Rudy Toussaint et Émilie Bélanger-Auclair © Pascale Lévesque

Derrière l’image: les musiciens de la télé

Rencontre avec Iohann Martin, cofondateur de Dazmo

Steve Martin / TV Hebdo - 2012-01-16 11:33:49

Depuis les débuts de la télé, le thème et la bande sonores d’une émission constituent un élément essentiel de ce qui fait sa marque de commerce.

Cependant, pour que le mariage musique-télé soit réussi, il faut parfois y consacrer beaucoup plus que le temps d’une chanson, comme nous l’a confié Iohann Martin au cours de notre brève visite de ses studios de la rue William, à Montréal.

 

La musique et l’image

Il ne faut parfois que quelques notes de musique pour nous replonger dans l’atmosphère d’une série vieille de plusieurs décennies.

Un «Go, go, go!» et quelques notes de synthétiseur suffisent à donner aux fans de la première heure de Lance et compte une poussée d’adrénaline.

Les premières paroles de l’indicatif musical de Passe-Partout suffisent à insuffler une bouffée de nostalgie à tous ceux qui ont grandi dans les années 80. Cet indicatif nous accueille, nous ouvre la porte vers un univers hors de notre quotidien.

D’autres exemples: le hautbois funèbre de Six Feet Under, la guitare aventureuse du Batman des années 60, la bonhomie grotesque des claquements de doigts de La famille Addams...

Les spécialistes

Au Québec, certaines boîtes se sont spécialisées dans la création de musiques originales pour la télé, le cinéma et la publicité. C’est le cas de Dazmo, fondée en 1997 et dont le noyau est constitué de trois musiciens, Iohann Martin, Rudy Toussaint (le «rude» de Rudeluck) et le jazzman Sari Dajani.

Parmi les fondateurs, il ne faudrait pas oublier la chanteuse, animatrice, femme d’affaires et conjointe de Iohann, Mitsou Gélinas, qui a été de l’aventure dès la première heure.

Si vous êtes ou avez été un fan des séries Rumeurs, La galère ou Mauvais karma, vous reconnaissez très certainement les indicatifs musicaux de ces émissions, créées par les membres de l’équipe de Dazmo.

Ceux-ci ont également collaboré avec Fabienne Larouche à l’habillage sonore de Fortier et de Virginie ainsi qu’à celui du long métrage qu’elle a scénarisé, Le piège américain, avec Rémy Girard.

La passion d’abord

«En ce moment, nous travaillons à la musique de deux épisodes des Parent, nous explique Iohann lors de notre visite des studios. Nous recevons aussi des commandes pour celle d’émissions de cuisine, de comédies, etc. Nous acceptons de réaliser toutes sortes de projets, parfois plus d’un en même temps. Il faut que ça roule.»

Bien que les affaires soient bonnes, le musicien admet que le Québec demeure un marché relativement restreint.

«C’est difficile, de gagner sa vie ici en faisant de la musique, poursuit-il. C’est réellement une passion. Nous, les membres de l’équipe de Dazmo, avons la chance de participer à plusieurs shows en même temps depuis plusieurs années. Ces émissions continuent d’être diffusées.»

«Une série comme Les Parent constitue une expérience intéressante parce que, tous les ans, nous devons nous renouveler, recommencer, réécrire. C’est la même chose en ce qui concerne La galère et Mauvais karma. Nous avons également créé la musique de Comment c’est fait, qui est diffusée partout dans le monde. Ç’a été un autre travail intéressant.»

Érik, Fabienne et Fortier

Après avoir fait partie d’un groupe, Iohann travaillait surtout dans le domaine de la publicité lorsque, au tournant du millénaire, une occasion en or s’est présentée. Érik Canuel lui a proposé de soumettre un habillage musical pour une nouvelle série à laquelle il travaillait comme second réalisateur.

«Érik est un de mes bons amis. Il savait que j’avais commencé à faire de la musique pour l’image. Il m’a demandé: “Pourquoi tu n’essaies pas de créer celle de Fortier? C’est une nouvelle série avec Sophie Lorain.” La proposition était tentante, mais les affaires allaient assez bien. Nous avions d’autres contrats et nous voulions respecter nos engagements.»

«À cette époque, ça nous prenait toute notre énergie pour faire de bonnes productions. Nous nous faisons un peu tasser par d’autres boîtes, des studios de postproduction associés à d’autres compositeurs. Dans le domaine publicitaire, ça jouait un peu du coude, et je devais faire de même.»

Un succès

«J’avais donc décidé de passer mon tour pour Fortier quand Érik m’a rappelé. Il m’a demandé: “Qu’est-ce que tu fais? Tu n’as pas encore envoyé de démo? Je t’en ai parlé il y a plus de deux semaines. Nous n’avons pas encore de musicien. Personne ne nous a encore vraiment plu. Essaie!”»

«Rudy, Sari, Mikloss — un gars qui travaillait avec nous à ce moment —, et moi nous sommes mis là-dessus. Nous avons essayé de pondre une “image sonore” de Fortier

Vous connaissez la suite de l’histoire. Fortier est devenu un des grands rendez-vous télé de la décennie, et la musique créée par l’équipe de Dazmo a grandement contribué à créer le climat inquiétant nécessaire au succès de l’émission. 

«Ç’a été notre point tournant. Je ne pourrai jamais assez remercier Érik, qui a pensé à nous, et Fabienne Larouche, qui a été assez téméraire pour prendre le risque de travailler avec des gars qui n’avaient jamais relevé un tel défi.»

À chaque émission son atmosphère

Depuis, les contrats en télé se sont enchaînés pour Dazmo. Certains d’entre eux offrent des défis bien particuliers.

«Les Parent, par exemple. La musique n’est pas difficile à interpréter, mais le ton de la série est unique, explique Iohann. La facture est ludique et innocente, mais nous ne voulons pas qu’elle soit enfantine. Nous cherchons à créer une sorte de groove un peu nonchalant et mélodique, une musique destinée tant aux enfants qu’aux adultes.»

«Quant à l’équipe de La galère, elle a des attentes très élevées. Lorsque les gens entendent une chanson dans cette série, ils croient qu’elle a été achetée sur Internet ou ailleurs. Eh bien, non! Nous sommes les auteurs de toutes les pièces. Ça représente beaucoup de travail. Il faut composer la chanson et lui donner un beau son comme si, justement, nous l’avions prise sur iTunes.»

Trouver un indicatif pour la fiction signée Renée-Claude Brazeau n’a d’ailleurs pas été une sinécure, à en croire Iohann.

De longs et beaux génériques

«C’est Alain Pernot qui en a eu l’idée, mais la chanson ne passait pas, alors nous l’avons remodelée un peu. Nous aimions beaucoup la nouvelle version, mais Sophie (Lorain, qui a réalisé plusieurs épisodes de La galère) trouvait qu’il fallait encore la peaufiner.»

«Nous avons donc continué jusqu’à ce que, de fil en aiguille, nous obtenions un beau résultat. Sophie a été très ouverte, et nous avons établi un beau lien de confiance avec elle.»

«Dans ce métier, il faut être humble. On peut avoir une bonne idée, mais la chanson doit produire l’effet désiré. Elle doit être “télévisuelle”. Présentement, les grands réseaux suivent la même tendance que HBO et Showcase... Ils veulent de longs et beaux génériques qui présentent bien les œuvres. Ça me plaît!»

 

Une bande sonore marquante: Road to Perdition

«C’est un film un peu rétro, sorti il y a une dizaine d’années, se souvient Iohann. Jude Law incarne un mafieux irlandais qui poursuit le héros — campé par Tom Hanks — pour le tuer. La première fois que j’ai entendu la musique, je l’ai trouvée tellement bonne que ça m’a fait mal.»

 

Dazmo: l’origine d’un nom

«À Los Angeles, j’aimais regarder des films indépendants, un peu glauques mais assez drôles, raconte Iohann. L’un d’entre eux s’intitulait 2 Days in the Valley. C’est une pseudo-comédie un peu violente, dans la foulée de Pulp Fiction. Danny Aiello joue le rôle d’un tueur à gages qui doit assassiner une femme, mais il tombe amoureux d’elle. Dosmo est le nom de ce tueur au cœur tendre. Mitsou et moi avons aussi appelé notre chien Dazmo. C’est un akita, un très gros chien japonais. Son nom n’a aucun rapport avec lui!» (rires)