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Doc humanité: Montréal XXX | La plaque tournante du Porno
Photo : © Radio-Canada

Doc humanité: Montréal XXX | La plaque tournante du Porno

Samedi 4 mai à 22 h 30, Radio-Canada

Par Marie-Hélène Goulet/TV hebdo - 2019-04-25 22:45:44

Derrière bien des portes closes, l’industrie pornographique engendre un milliard de profit annuellement à Montréal. Le journaliste Maxime Bergeron lève le voile sur ce secteur économique aussi techno que tabou dans le documentaire Montréal XXX.

 

C’est au hasard des sujets qu’il couvre pour La Presse depuis une douzaine d’années que Maxime Bergeron s’est aperçu que Montréal n’était pas seulement un grand joueur dans l’industrie de la porno, mais carrément une plaque mondiale du XXX sur le Web. Tout de suite, il a eu envie de faire la lumière sur cette zone d’activité économique qui rapporte des milliards à la métropole, et ce, le plus discrètement du monde.

Hypertechnos

Si Montréal est à ce point une ville importante dans l’industrie du divertissement pour adultes, c’est parce qu’on y trouve plusieurs cerveaux dans le monde du multimédia. C’est grâce à cette main-d’œuvre ultra qualifiée, diplômée des quatre universités de la métropole, que les grandes entreprises de la porno ont réussi à supplanter leurs concurrents. L’expert en économie numérique Stéphane Ricoul considère même ces entreprises comme des innovatrices, tous domaines confondus! «C’est une industrie qui a une longueur d’avance sur tout le monde. Ils sont une coche, deux coches, trois coches au-dessus de tous. On a beaucoup d’enseignements à tirer de cette industrie-là», explique-t-il.

L’industrie de la pornographie jouit d’une telle avancée technologique parce qu’elle investit énormément dans le développement numérique, particulièrement en réalité virtuelle. Ainsi, il y a quelques années, Valérie Artonne et son mari ont été étonnés de recevoir un appel du milieu afin qu’ils conçoivent expressément pour eux des caméras de réalité virtuelle. Refusant d’abord d’emblée cette requête, ils ont découvert après quelques recherches le potentiel financier du XXX. Depuis, ils ont investi plus d’un million de leur propre argent pour concevoir une technologie pour les sites pour adultes. Grâce à la réalité virtuelle, le consommateur a l’impression d’être le héros de son histoire porno. «Si ce n’est pas la réalité virtuelle, le futur de la masturbation, c’est quoi?» lance un caméraman de film pornographique, son bijou de caméra hyper sophistiquée à la main.

Le leader mondial

Il n’en demeure pas moins que très peu de films sont maintenant tournés dans la Belle Province. Ce sont les développeurs qui travaillent aux sites de visionnement qui y sont installés. Chez MindGeek, qui contrôlerait 80 % de l’industrie mondiale, on mise sur des sites de partage gratuits à haute fréquentation comme l’est YouTube. Trois milliards de visiteurs chaque mois défileraient sur les différentes plateformes de la compagnie qui emploie près d’un millier de Montréalais et qui aurait des revenus annuels frôlant les 800 millions. Tout est au conditionnel dans le documentaire, puisque MindGeek n’accorde aucune entrevue, ni en personne ni au téléphone. La seule chose sur laquelle Maxime Bergeron pouvait mordre, c’est une poignée de courriels d’une certaine Catherine Dunn, une relationniste officielle. Étrangement, ce nom n’apparaissait nulle part dans la banque de données du préposé à l’accueil de la compagnie, qui a vite montré la sortie à Bergeron lorsqu’il a appris qu’il était journaliste.

Des poursuites

Une des raisons pour lesquelles la compagnie MindGeek reste dans l’ombre, c’est qu’elle a dû répondre à plusieurs poursuites de droits d’auteurs depuis ses débuts, entre autres parce que n’importe qui peut copier un film qu’il a payé ou non et le déverser sur leurs sites, le rendant accessible gratuitement aux internautes. Éthiquement, la compagnie n’encadre pas non plus les producteurs de matériel. Ce manque de réglementation ne plaît pas à Anne-Marie Losique qui affirme vendre du sexe éthique à travers ses chaînes télévisuelles de Vanessa Médias. «La télévision pour moi, sa définition, est plus un environnement où il y a un encadrement. Je crois qu’il est important, cet encadrement, parce que tel que l’on connaît la nature humaine, s’il n’y a pas d’encadrement, il y a de l’abus, il y a de l’exploitation», affirme-t-elle.

Et peut-on fermer les yeux sur les pratiques éthiques d’une entreprise seulement parce qu’elle rapporte des millions et offre de bonnes conditions de travail à ses développeurs? Diane Matte, porte-parole et fondatrice de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle s’en désole. «Dans l’industrie de la porno, c’est clair qu’on demande aux femmes de tolérer des choses qu’aucune autre femme ne devrait tolérer», conclut-elle.