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«Docu-D: Le dernier souffle, au coeur de l'Hôtel-Dieu de Montréal»: Une mort annoncée
L’Hôtel-Dieu occupe ses locaux, situés au pied du mont Royal, depuis 1861. © Amazone film

«Docu-D: Le dernier souffle, au coeur de l'Hôtel-Dieu de Montréal»: Une mort annoncée

Dimanche 14 mai 19 h, Canal D

Par Alexe-Sandra Daigneault/TV Hebdo - 2017-05-02 15:38:53

Après 375 ans d’une existence enracinée dans l’histoire même de Montréal, l’Hôtel-Dieu s’apprête à rendre l’âme. Afin de graver son souvenir dans nos mémoires, la réalisatrice Annabel Loyola nous propose de découvrir le passé et le présent de cet établissement à l’avenir incertain.



En 2013, lorsque le gouvernement annonce sa décision de fermer l’Hôtel-Dieu pour transférer ses services au nouveau Centre hospitalier de l’Université de Montréal, le public peine à y croire. Fondé par Jeanne Mance en même temps que la ville de Montréal, en 1642, l’Hôtel-Dieu fait partie des plus vieux hôpitaux d’Amérique du Nord, et sa vocation n’avait jamais été altérée jusqu’à ce qu’une poignée de bureaucrates en décident autrement.

Alors qu’ils se demandent ce qu’il adviendra de cette institution, les religieuses, les bénévoles et les employés qui constituent l’âme de l’Hôtel-Dieu espèrent faire vivre la mission de Jeanne Mance jusqu’au bout. Dans ce documentaire d’Annabel Loyola, filmé de 2014 à 2016, on découvre leur mission d’accueil, de soins et d’accompagnement spirituel, inspirée par près de 400 ans de bonnes œuvres et de travail acharné.


Quatre siècles d’histoire

Situé sur la rue Saint-Paul avant d’être déménagé au pied du mont Royal, en 1861, l’Hôtel-Dieu a survécu à trois incendies et à nombre de guerres, de récessions et de révolutions, sans jamais cesser d’offrir de l’aide à ceux qui en avaient besoin. Fondé par des laïcs, il a été encadré par les Religieuses hospitalières de Saint-Joseph jusqu’à ce qu’il soit cédé au gouvernement du Québec, en 1961. Toutefois, les sœurs sont restées des conseillères fidèles, qui veillent également à l’entretien de leur monastère, de leur chapelle, de leur musée, de leur jardin et de la crypte où reposent les ossements de Jeanne Mance et des premières mères.

Sœur Ellen Davis, qui a prononcé ses vœux en 1944, se rappelle une époque où les religieuses géraient tout, des finances de l’hôpital à l’avancement des travaux, en passant par l’entretien du potager, du verger, des ruches, du poulailler et des terres qui nourrissaient toute la région. Aujourd’hui, elles poursuivent leur travail en offrant leur soutien et leurs prières aux malades, tout en veillant à l’esprit de bonté, de générosité et d’entraide qui règne entre les murs de l’Hôtel-Dieu.


Médecine totale

Au-delà de la religion, cet esprit positif est également présent chez ceux qui veillent maintenant au bon fonctionnement de l’hôpital. Diane Therrien, infirmière depuis 1974, vante l’ambiance agréable et l’architecture magnifique du bâtiment, alors que les Drs Ignacio Prieto et Fadi Basile, qui ont travaillé ensemble pendant 30 ans, vouent un grand respect à cette institution patrimoniale qui a vu naître bien des percées scientifiques. Quant à Laval Dufour, un bénévole qui a dû réapprendre à marcher à la suite d’un accident de voiture, il est comblé de pouvoir offrir de son temps à cet hôpital qui l’a sauvé.

À l’Hôtel-Dieu, on fait d’ailleurs plus que soigner les patients. Les massothérapeutes, les accompagnateurs et les musiciens, dont la harpiste Annabelle Renzo, ne sont que quelques-uns des intervenants engagés afin de rendre le séjour des malades plus agréable. De plus, le jardin offre un lieu de re­cueil­le­ment incomparable. Pour sœur Marie-Blanche Leblanc, il s’agit de la preuve que «le cœur de Jeanne Mance est toujours à l’Hôtel-Dieu» et que son héritage perdure encore aujourd’hui.

Cet héritage pourrait toutefois disparaître après le déménagement de l’Hôtel-Dieu, auquel s’opposent bien des défenseurs. Certains sont d’ailleurs persuadés que ce projet ne sera jamais concrétisé et que le gouvernement finira par comprendre la valeur de cette institution, mais d’autres en doutent. Après tout, la Ville a proposé d’acheter le terrain des Religieuses hospitalières — une offre qui a été refusée — et elle n’a toujours pas décidé de ce que deviendrait le complexe occupé par l’hôpital. Si l’avenir nous réserve le pire, on pourra cependant se rappeler ce pan de notre histoire grâce au vibrant hommage qui lui est rendu dans Le dernier souffle.