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«DOCU-D: les vies de mon père»: mémoire vive
Yvan Ducharme et sa fille Nathalie © Canal D

«DOCU-D: les vies de mon père»: mémoire vive

Dimanche 29 décembre 19 h, Canal D

Marie-Hélène Goulet / TV Hebdo - 2013-12-19 15:48:24

«Quand il n’y aura plus d’espoir, j’en inventerai.» Ces mots sont d’Yvan Ducharme, un artiste aux mille vies que sa fille Nathalie raconte dans le documentaire Les vies de mon père. Inconnu des jeunes, oublié des autres, Yvan Ducharme a pourtant déjà eu beaucoup de succès.




Nathalie, sa fille cadette, n’a pas connu l’époque où il faisait s’enchaîner les contrats lucratifs en tant qu’animateur de radio, comédien et annonceur. Elle garde de son père, qui a été frappé par la maladie alors qu’elle n’avait que quatre ans, le souvenir d’un batailleur plutôt que d’une étoile glamour. Elle est restée à ses côtés pour l’épauler jusqu’à sa mort, le 21 mars 2013.

Nathalie tenait à ne pas demeurer le seul témoin de son courage et de sa ténacité. Avant qu’il quitte ce monde, elle a fait avec lui un voyage passionnant dans le temps, voyage qui les a menés jusqu’en Abitibi.


«Quelqu’un qui ose»

Celui qu’on appellera plus tard Yvan le Terrible est le seul garçon d’une famille de cinq enfants. Il naît en 1937 à Rouyn-Noranda. Il grandit entouré de ses sœurs, et est doux et très imaginatif; il conçoit très vite des spectacles d’acrobatie pour ses voisins.

Un de ses spectateurs est André Melançon, qui habite à quelques maisons de chez lui. Le cinéaste se rappelle très bien l’adolescent, qui l’impressionnait par son cran.

«Yvan me fascinait. J’admirais beaucoup ce garçon-là, que je trouvais décidé, volontaire et revendicateur. Il a sûrement été mon premier exemple de quelqu’un qui ose», confie André Melançon à Nathalie Ducharme, la réalisatrice et narratrice du documentaire.


Les insolences d’un téléphone, c’est lui!

En 1955, lorsqu’un ami lui parle de la tenue d’auditions à la radio locale, Yvan tente sa chance. Il est engagé le jour même, et il entame une carrière à la radio qui le fait voyager un peu partout, jusqu’à ce qu’il débarque à Montréal à l’émission du matin de CJMS, dont les cotes d’écoute battent de l’aile.

«J’ai dit: “Il vient de Timmins; c’est un nobody. On est à Montréal, on est dans la ligue nationale. Il va venir faire quoi?”» se rappelle Claude Poirier, qui travaillait déjà à la station.

Son scepticisme disparaît rapidement car, en inventant Les insolences d’un téléphone, Yvan devient la coqueluche des ondes. Ce pionnier de l’humour radiophonique est rapidement courtisé par le monde de la publicité, du cinéma et du petit écran. En 1970, il obtient le rôle de Guy Berger dans Les Berger, rôle qui fait de lui Monsieur Télévision deux ans plus tard.


Un milieu sans pitié

Alors qu’il est au top de notre jeune star-système, Yvan reçoit le diagnostic qui brise sa carrière: le 15 avril 1976, il apprend qu’il est atteint d’un cancer du poumon foudroyant et qu’il n’en a plus que pour quelques mois. Alors que les spécialistes le disent inopérable, ce père de famille insiste et se fait enlever un poumon, ce qui lui sauve la vie.

S’il reprend ainsi les rênes de son existence, sa carrière, elle, n’a plus le souffle qu’elle avait. «Quand on tombe malade dans ce milieu-là, il n’y a pas de compassion, explique le journaliste artistique Roger Sylvain. Les gens disent: “Il est malade; ne prenons pas de risques.”»


L’humoriste André Ducharme, dont Yvan a été l’une des premières idoles, est encore abasourdi du sort qu’on lui a réservé. «Comment peut-on passer du top à l’oubli? se demande-t-il. Son histoire m’a fait réfléchir au côté éphémère du métier, de la gloire et du succès.»


Optimiste jusqu’à la fin

Bien qu’on le plonge de force dans l’oubli, Yvan n’abandonne pas la partie. Grâce à Félix Leclerc, qui lui donne le goût de l’écriture, il rédige Vivre face au cancer, dont 20 000 exemplaires sont vendus. Dès qu’un réalisateur lui fait signe, il accepte volontiers les petits rôles qu’on lui offre, et il peint pour canaliser son besoin de créer.

Même si le destin lui envoie constamment des épreuves, dont deux autres cancers, un infarctus, deux AVC et des maladies pulmonaires, Yvan demeure optimiste et donne une leçon aux autres. «Heureuse maladie, comme un cadeau que j’ai eu pour me permettre de déguster et de savourer la vie», affirme-t-il jusqu’à la toute fin.