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«Justice»: Entre quatre murs
© Picbois Productions

«Justice»: Entre quatre murs

Lundi 29 février 21 h, TQc

Par Marie-Hélène Goulet / TV Hebdo - 2016-02-19 11:53:40

On a tendance à penser que notre système de justice souffre de laxisme, qu’on doit enfermer les jeunes contrevenants plus longtemps pour éviter qu’ils récidivent. La documentariste Catherine Proulx fait le point sur ces impressions à travers le quotidien des intervenants, des détenus, mais aussi des victimes d’actes criminels.



C’est en levant le voile sur la criminalité chez les jeunes que Catherine Proulx démarre sa série de trois épisodes de 60 minutes. Bien que les bulletins de nouvelles semblent rapporter sans cesse plus de cas de violence au Québec commis par les jeunes, elle tient à rectifier les faits. Loin d’être en hausse, le taux de criminalité chez les jeunes a baissé de 40 % dans la Belle Province depuis 10 ans. Alors que 60 % des Québécois se disent en accord avec l’apparition de peines adultes pour les adolescents, la province est celle qui en donne le moins. Ici, on choisit de réhabiliter au lieu de punir, et ça fonctionne, puisque les deux tiers des jeunes qui font un premier passage dans le système judiciaire n’y repassent plus.


L’importance de la réadaptation

C’est grâce à une rare incursion au centre jeunesse Cité des Prairies que la réalisatrice fait découvrir la vie des jeunes contrevenants. L’établissement, qui comprend une soixantaine de places pour la grande population de Montréal, reçoit des jeunes impulsifs et violents qui ont commis des crimes majeurs, mais pas à la hauteur de ce que l’on pourrait penser. En effet, moins de deux 2 % des délits punis sont liés aux armes à feu et moins de 1 % sont des homicides. Là-bas, les intervenants voient l’enfant avant le crime et cherchent à le remettre sur la bonne voie. «Notre mandat premier c’est la protection de la société, sans contredit. Là où on a un rôle supplémentaire à jouer, c’est dans la réadaptation. La protection de la société passe par la réadaptation. On va protéger la société de façon durable si on réadapte nos jeunes», explique Nathalie Gélinas, intervenante et spécialiste des gangs de rue.


Un encadrement nécessaire
 

Il est intéressant de constater à quel point cette approche se fait dans le respect des «messieurs» incarcérés, comme ils les appellent, à Cité des Prairies. Avec des «s’il vous plaît» et des «mercis», les intervenants encadrent les jeunes un peu comme s’ils apprenaient à vivre à des bambins de la garderie. Ici, tout est à faire, beaucoup ayant été laissés à eux-mêmes à la maison. On suit particulièrement le cas de Jimmy, condamné à passer 12 mois au centre pour séquestration, complot, enlèvement, voies de fait, possession d’une arme à feu chargée, possession de stupéfiants et trafic. Juste avant de retrouver sa liberté, il avoue avoir appris, pendant qu’il purgeait sa peine, à contrôler la violence qui l’habite: «Quand j’étais dehors, je contrôlais beaucoup de choses, mais pas moi. Je contrôlais des gens qui faisaient ceci et cela pour moi. J’avais du pouvoir sur la vie de quelqu’un d’autre, mais je n’avais même pas de pouvoir sur ma vie.»

Si la non-récidive de Jimmy depuis sa sortie est une belle victoire, la Loi c-10, votée par les conservateurs de Stephen Harper, laisse planer un doute sur la réhabilitation des jeunes criminels puisqu’elle mise sur des détentions dans les institutions pour adultes. Quand on sait que la vie criminelle n’est pas encore cristallisée chez les adolescents, est-ce vraiment une bonne idée de les envoyer à la grande école du crime?


Victimes et coupables

Le deuxième volet de Justice s’intéresse aux victimes d’actes criminels et aux impacts que les délits ont sur leur vie. Un sujet particulièrement intéressant quand on sait qu’un Canadien sur cinq a été victime d’un acte criminel seulement l’an dernier, qu’il soit aussi banal qu’un vol ou beaucoup plus grave comme une agression. Le cas de Sarah, qui a beaucoup de difficulté à vivre avec le syndrome post-traumatique d’agressions répétées durant son enfance, est particulièrement dur à entendre. Finalement, le troisième épisode donne la parole aux ex-détenus et vient briser les tabous sur la réinsertion sociale.