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L'envers du personnage: Donalda Laloge des «Pays d'en haut»
Sarah-Jeanne Labrosse dans le rôle de Donalda. © Bertrand Calmeau

L'envers du personnage: Donalda Laloge des «Pays d'en haut»

Une femme forte

Par Marie-Hélène Goulet/TV Hebdo - 2017-02-06 13:00:25

Le personnage de Donalda Laloge est né sous la plume de Claude-Henri Grignon il y a plus de 80 ans. Le scénariste des Pays d’en haut, Gilles Desjardins, a transformé cette sainte épouse soumise en une femme pleine de caractère et de courage.



Monsieur Desjardins, à quoi carbure Donalda?

Comme la majeure partie des personnages des Pays d’en haut, elle carbure à l’instinct de survie. Les conditions de vie en terre de colonisation étaient extrêmement difficiles, particulièrement pour les femmes. Donalda est également ambitieuse et romantique.

Certains téléspectateurs ont critiqué son caractère rebelle, le jugeant impensable pour une femme de son époque. Que leur répondez-vous?

Le caractère de Donalda est inspiré directement de celui des femmes qui vivaient dans les Laurentides à cette époque. Les pays d’en haut n’est pas une série du terroir qui se déroule dans un milieu agricole assez paisible; c’est une histoire de colonisation dans un environnement très hostile. Les dépliants de la société du ministère de la Colonisation indiquaient même aux femmes que si elles voulaient se lancer dans l’aventure, elles devaient être très courageuses et posséder une grande force physique. Un certain Dr Gadbois était d’ailleurs à ce point fasciné par la force des Laurentiennes qu’il a documenté leur vie. Le curé Labelle faisait aussi très souvent référence dans ses discours à la femme forte de l’Évangile. Le caractère de Donalda découle de cette réalité.

Qu’avez-vous gardé du personnage original de Donalda, créé par Claude-Henri Grignon?

Pour être honnête, bien peu de choses. J’ai repris la psychologie de la majorité des personnages de Grignon, mais, selon moi, celui de Donalda était en rupture de ton comparativement aux autres. Véritable génie du personnage, Grignon a créé des hommes et des femmes aux lourds défauts qui restent malgré tout sympathiques et intéressants. Ils sont loin d’être superficiels. Le seul personnage de toute l’œuvre qui n’est pas construit ainsi est celui de Donalda, qui demeure une sainte femme tout au long du récit. Je suis convaincu qu’il en est ainsi à cause d’une demande de l’Église catholique, qui souhaitait que le personnage valorise la soumission des femmes à une époque où le féminisme naissant créait de plus en plus de vagues. J’ai donc choisi d’adapter le personnage pour qu’il s’harmonise aux autres.

Dans quelles circonstances a grandi Donalda?

Elle a eu une enfance difficile. Comme sa mère est décédée jeune et que presque tous ses frères et sœurs ont immigré aux États-Unis, Donalda s’est retrouvée seule avec Bidou (Rémi-Pierre Paquin). Le fils favori de son père n’a jamais été tendre avec sa sœur, qu’il a
déjà menacée physiquement et sûrement rouée de coups. Donalda a grandi en menant une bataille constante contre Bidou, qui souhaitait vendre la ferme familiale pour faire de l’argent. Elle a aussi dû s’opposer à son père et lui imposer une meilleure gestion pour garder le patrimoine des Laloge.

Que ressent-elle pour Séraphin (Vincent Leclerc)?

Au début, son mariage était purement rationnel et n’impliquait aucun sentiment. Néanmoins, le respect et la patience du rusé Séraphin impressionnent sa jeune épouse. Doucement, une certaine tendresse pour lui naît dans son cœur, et un lien conjugal se forme. Ce lien est toutefois extrêmement vulnérable.

Quels sont les sentiments de Donalda concernant sa grossesse?

Cette grossesse la terrorise, tout en lui donnant du courage. C’est parce qu’Alexis (Maxime Le Flaguais) l’a trahie que Donalda a choisi de faire confiance à Séraphin, qui ne la laissera pas tomber. Mais, intelligente comme elle est, elle sait qu’elle trahit cette confiance si importante en cachant la vérité sur sa grossesse à Séraphin. Elle sent qu’elle n’a plus la maîtrise de sa vie, et ça la terrifie. D’un autre côté, le bébé demeure un lien avec Alexis, et se remémorer leur amour l’aide à vivre.

Qu’est-ce que Sarah-Jeanne Labrosse apporte au personnage?

Elle le comprend bien, et son interprétation est très convaincante. Elle ne fait pas de Donalda une rebelle, mais plutôt une jeune femme qui résiste tant qu’elle peut à l’adversité.