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La parole aux arbres | Un silence qui en dit long
Photo : Explora

La parole aux arbres | Un silence qui en dit long

Vendredi 10 mai à 20 h, Explora

Par Alexe-Sandra Daigneault/TV hebdo - 2019-04-25 22:55:06

Loin d’être des géants immuables et silencieux, les arbres de la forêt boréale entretiennent une conversation ininterrompue avec la faune, la flore et le ciel qui les entourent. Pour découvrir ce qu’ils disent, on écoute le documentaire La parole aux arbres!

 

La forêt boréale, qui ceinture le nord de la planète depuis l’ouest du Canada jusqu’à la Sibérie, n’est pas seulement considérée comme le poumon de la Terre: on y retrouve également 80 % de nos réserves d’eau potable, où s’abreuvent des mammifères emblématiques ainsi que des milliards d’oiseaux migrateurs. Depuis 10 000 ans, ce sont cependant les arbres qui maintiennent le fragile équilibre de cet écosystème nordique grâce à des techniques aussi discrètes qu’efficaces. 

Pour bien les comprendre, on se doit de voir ce documentaire de PBS, dans lequel l’auteur et réalisateur Ryszard Hunka nous fait découvrir le travail d’une dizaine de biologistes et de spécialistes de la forêt boréale. En leur compagnie, on réalise que les arbres ne sont pas des objets dénués de volonté, mais sont plutôt des entités interconnectées dotées d’une intelligence… particulière.

La coopération avant tout

Véritable reine de la forêt boréale, l’épinette noire fait partie des seuls arbres capables de résister au climat glacial du nord. Pour y arriver, elle a noué une relation d’interdépendance avec les mousses hypnacées, qu’elle protège du soleil et des feuilles mortes. En retour, les mousses forment des tapis isolants et humides au-dessus des racines des épinettes, tout en empêchant les autres arbres de leur faire compétition.

La présence de la mousse hypnacée est également essentielle en cas de feu de forêt. En repoussant les flammes vers le haut, ce végétal permet à l’épinette noire de faire «éclore» sa couronne de cocottes et de semer les graines qui permettront à la forêt de se régénérer. Annie DesRochers, une biologiste qui étudie les trembles de la forêt boréale, a d’ailleurs découvert que cette interdépendance ne se limite pas aux Hypnaceas. Grâce à leurs racines, tous les arbres de la forêt sont interconnectés et, ensemble, participent à nourrir, entretenir ou soigner les individus qui sont dans le besoin.

Une guerre tranquille

Même lorsqu’ils sont attaqués, les arbres de la forêt boréale savent se défendre. Face au nombre grandissant d’écureuils roux qui mangent leurs graines, les épinettes blanches du Yukon réagissent en cessant de produire des cocottes pendant quelques années, ce qui fait diminuer les populations d’écureuils. Au cours de l’année qui suit cette famine, la production de cocottes est si généreuse que les écureuils qui sont toujours là n’ont pas le temps de tout rafler, permettant à la nouvelle génération d’épinettes blanches de pousser.

Le biologiste Stan Boutin en est venu à une conclusion semblable alors qu’il tentait de comprendre pourquoi, à chaque intervalle de 10 ans, le nombre de lièvres d’Amérique d’Ontario explose avant de diminuer. En étudiant la nourriture de ces herbivores, il a découvert que les jeunes pousses d’épinettes réagissent à l’augmentation des attaques en produisant des toxines chimiques. Les petites épinettes participent ainsi à contrôler le nombre de lièvres de la forêt, tout en assurant leur propre protection. 

Au rythme de la terre

De son côté, le chimiste atmosphérique Joel Thornton a étudié les conifères de Finlande pour prouver qu’ils savent comment se rafraîchir. Lorsqu’ils ont trop chaud, ces arbres produisent en effet des terpènes, des molécules qui diffusent une bonne odeur de pin frais lorsqu’elles s’élèvent dans l’atmosphère. En s’alliant à des molécules d’ozone, les terpènes créent ensuite de la condensation, donnant naissance à des nuages qui protègent la forêt du soleil. 

Lorsqu’on comprend le génie derrière ce processus, on se dit que les arbres de la forêt boréale sont vraiment capables de tout — à condition qu’on leur en laisse le temps. Responsables de la santé de notre sol, de notre eau et même de notre air, ils risquent cependant d’avoir du mal à supporter les changements rapides imposés par les humains. Espérons seulement que leur message soit entendu…