Télévision / Reportages

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La télé vue par Madame Louise
Dany Turcotte et Guy A. Lepage, «Tout le monde en parle» © Radio-Canada

La télé vue par Madame Louise

Twivage: vers le réveil des masses?

Louise Cousineau / TV Hebdo - 2011-05-11 12:25:23

Il y a un an et demi, je me suis retrouvée au Métropolis, la salle de spectacle mythique de la rue Sainte-Catherine, au show de Noël d’Éric Lapointe. Soirée extraordinaire pour la fan que je suis.

Voilà qu’une nouvelle réalité m’est tombée dessus. Je n’étais pas allée à un show depuis plusieurs mois. Et, tout à coup, je me suis sentie comme Rip Van Winkle qui se réveille un matin et découvre que 20 ans ont passé durant son sommeil.

J’étais tombée dans une nouvelle ère.

Devant moi, il y avait trois filles appuyées sur la balustrade, le téléphone à la main. Silencieusement, elles envoyaient et recevaient des messages. Pendant qu’Éric chantait.

Urgence

Dans le bon vieux temps, on allait à un spectacle pour sortir de notre réalité quotidienne. Dans l’espoir de découvrir une nouvelle façon de voir le monde et pour que notre âme s’envole vers un autre univers. 

Pour ces filles, le show ne suffisait pas. Il fallait qu’en plus elles s’expriment. Parlaient-elles du show, du beau gars qu’elles avaient remarqué, de ce qu’elles allaient faire après? Je n’en sais rien. Mais je sais que ça ne pouvait pas attendre. Il y avait urgence.

La nouvelle ère interdit de se concentrer sur une seule chose à la fois. Il faut être occupé en dehors et en dedans. On ne peut plus conduire sa voiture sans parler au téléphone ou, pire encore, envoyer et recevoir des textos. Avant, je mourais de peur sur une route glacée. Aujourd’hui, je suis en danger permanent: l’auto qui va me croiser va-t-elle déraper dans mon pare-brise parce que son conducteur est en train de prendre la liste d’épicerie de la maison?

Télé et iPhone

Pour bien des téléspectateurs, se concentrer sur une émission est devenu impossible. Le iPhone à la main, il faut s’exprimer sur ce qu’on voit. Immédiatement. Pas question d’attendre à la fin de l’émission. Le twivage est parmi nous. Le néologisme marie tweet, clavardage et télévision.

Bien sûr, pendant qu’on s’exprime sur le gros nez d’une telle ou les propos d’un autre, on manque des bouts d’émission. Qu’importe: ce qui compte, c’est la réaction immédiate du JE.

Des futés ont vite compris qu’il faut s’occuper des tweeters. Guy A. Lepage, Véronique Cloutier et Marie-France Bazzo répondent à leurs spectateurs durant la diffusion de leur émission respective, qui a été préenregistrée. 

Histoire, entre autres, d’éteindre les feux toujours possibles avant une hécatombe. 

L’émission C’est juste de la TV, à Artv, suscite aussi la discussion de ses spectateurs durant la diffusion. Gros succès.

Le député Denis Coderre adore le hockey. Tout au long de chaque match, il commente l’action en twittant. 

Des forums immédiats

De plus en plus, la télé offre des forums immédiats pendant les émissions. La vague a d’abord déferlé aux États-Unis. Pour garder la nouvelle génération, qui ne peut pas se contenter de faire une seule chose à la fois, il faut s’adapter. Il faut aussi garder les spectateurs devant l’écran. Il y a beaucoup de penseurs qui croient que la télé est devenue obsolète.

Le phénomène est nouveau, et il est difficile de prédire ce qu’il provoquera. S’agit-il d’un simple délestage de vapeur ou du début d’une grosse vague qui va changer le paysage? À ce moment de notre histoire, où la politique est regardée avec cynisme par de plus en plus de monde, est-ce qu’on s’en va vers l’expression d’un désir de changement radical qui se manifestera via le twivage?

De tout temps, on a parlé à notre télé. Genre: «Tais-toi donc, gros débile!» Les propos restaient confinés à notre salon. Aujourd’hui, ils atterrissent dans le cyberespace, entendus par des milliers de personnes. J’ai hâte de voir ce que cela donnera.