Télévision / Reportages

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La télé vue par Madame Louise
Dany Turcotte, «Tout le monde en parle» et «La petite séduction» © Radio-Canada

La télé vue par Madame Louise

Gais, gais, les aimons-nous?

Louise Cousineau / TV Hebdo - 2010-12-02 08:14:15

Comme il est loin, le temps de cet épisode célèbre du téléroman Le paradis terrestre où deux hommes s'étaient pris la main dans un ascenseur! Ce fut immédiatement l'ascenseur pour l'échafaud pour cette œuvre. Pas de jeux de mains, jeux de vilains à notre télévision nationale! On n'a jamais su la fin de l'histoire.

 

Sortir du placard

On en a fait du chemin depuis cette époque! Tous les dimanches soirs, Dany Turcotte est le fou du roi dans l'émission la plus populaire de Radio-Canada, Tout le monde en parle. Il est ouvertement gai, encore que son coming out a été forcé par André Boisclair dans la même émission.

J'avais froncé les sourcils ce soir-là. Je n'aime pas les confessions obligées. D'accord, ce n'est pas l'Inquisition avec ses supplices, mais les aveux obtenus de force m'horripilent.

La carrière de Dany n'a pas périclité, au contraire. Le voici en charge de La petite séduction, une série qui sillonne tous les recoins obscurs du Québec, où l'animateur est célébré. On sait que l'homosexualité est plus tolérée à Montréal qu'en région.

Dany Turcotte est en train de faire plus pour l'acceptation de la différence que toutes les campagnes de sensibilisation. Un vrai missionnaire!

Un pas de géant

Entre Le paradis terrestre et Dany, il s'est passé beaucoup de choses à notre télévision, qui a été de tout temps le média le plus important pour propager les idées chez nous.

Christian Lalancette, dans Chez Denise, était le type parfait de la folle finie. Pas vraiment le genre à faire avancer la cause, mais on l'aimait bien, parce qu'il était drôle, même s'il était caricatural.

Ç'a été Bernie, l'homme de ménage de Francine et Rémi Duval dans Jamais deux sans toi, qui a fait faire un pas de géant aux homosexuels dans la conscience québécoise. Un vrai bon gars, sans tics agaçants, qui non seulement était un «nettoyeur» impeccable, mais aussi un être humain de qualité qu'on aurait toutes - tous?- voulu avoir dans notre maison.

Au début, il sortait avec un policier très masculin. À la fin, on l'a vu soigner avec une tendresse infinie son nouvel amant mourant du sida. Remercions l'auteur Guy Fournier d'avoir créé un personnage de cette qualité. Et Serge Thériault de l'avoir interprété.

Gay bashing

Il y a toutefois depuis toujours des résistances profondes. Je me rappelle une série de souvenirs de l'enfance de Michel Tremblay, qui fut interrompue parce que le grand patron de l'époque à Radio-Canada trouvait qu'elle faisait trop l'apologie de l'homosexualité.

Récemment, des épisodes de gay bashing à Montréal et aux États-Unis ont fait ressortir le fait que la tolérance est souvent à fleur de peau.

On rêve de programmes dans les écoles pour empêcher la persécution des gais, mais bien des gens résistent, craignant que les campagnes de tolérance soient détournées au profit de l'enseignement de l'homosexualité. Un gros dilemme qui est loin d'être réglé.

Loin du bonheur

À la télé, les personnages gais sont souvent loin du bonheur. Le jeune frère dans Six pieds sous terre a d'énormes difficultés, même si sa famille accepte son orientation. Les trois enfants de la famille Fisher ont tous des problèmes causés par leur vie constamment imprégnée de mort puisqu'ils habitent un salon mortuaire, Mais pour le plus jeune, c'est encore pire.

Chez nous, l'auteur Richard Blaimert, qui a fait son coming out depuis longtemps, a créé un personnage de médecin incarné par Éric Bernier, qui est le meilleur ami de Sophie Paquin. Un gai sans problèmes de conscience.

Éric Bernier est aussi ouvertement gai dans la délicieuse série Tout sur moi. Il se met les pieds dans les plats aussi souvent que les deux filles. Ni plus, ni moins.

Plus difficile pour les lesbiennes

Parlant de filles, il n'y en a pas beaucoup qui avouent leur homosexualité dans notre merveilleux monde du showbiz. Pas étonnant: la société est toujours plus sévère avec les femmes. Dans tous les domaines. Un homme qui a du caractère est admiré. Une femme est traitée de chipie. 

Dans un téléroman comme Virginie, on a quand même connu des lesbiennes, dont le rôle est toutefois moins important que celui d'Hugo, le gai de la direction. On voit aussi deux lesbiennes dans Toute la vérité. Comment tout cela finira-t-il?

Reste une catégorie d'homosexuels que j'ai du mal à accepter: les folles. Je me rappelle mon agacement devant Cover Girl avec ces travestis imbuvables. Une théâtralité difficile à blairer. Mado Lamotte au cube! Je ne suis pas rendue là.