Télévision / Reportages

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La télé selon Madame Louise
Richard Nixon et John F. Kennedy © Getty Images

La télé selon Madame Louise

La laideur: attention, danger!

Louise Cousineau / TV Hebdo - 2010-11-18 12:43:21

En 1960, l'univers a découvert une nouvelle réalité. C'était lors du premier débat télévisé de l'histoire américaine. D'un côté, le républicain Richard Nixon et de l'autre, le démocrate John F. Kennedy. C'était le temps du noir et blanc. Juste avant d'entrer en ondes, Nixon s'est vu sur le moniteur et a dit en souriant: «Je devrais peut-être me raser encore.» Il ne l'a hélas pas fait.


Séduire l'électorat

À l'écran, il avait l'air d'un bandit, alors que Kennedy était un beau bonhomme séduisant. Nixon a perdu l'élection cette année-là. Le célèbre producteur d'information Don Hewitt, qui a créé l'émission 60 Minutes, allait ironiser: «La politique américaine est devenue un concours de beauté!»

Avouez qu'avant la télé un politicien laid avait des chances de se faire élire. L'idole de mon père, Camillien Houde, un nationaliste ardent anticonscription pendant la Seconde Guerre mondiale, avait un nez énorme, ressemblait à un gros crapaud et a été élu à la mairie de Montréal. C'était la belle époque où la substance importait plus que l'apparence.

La photo dans le journal était moins dévastatrice que l'image à la télévision. Le président François Mitterrand a dû se faire limer les incisives: à la télé, elles lui donnaient un look de rapace.

J'ai commencé avec des exemples masculins. Mais sachez que pour les femmes, la moindre ride annonçant la vieillesse est souvent le commencement d'une descente aux enfers.

Au rancart à 40 ans

Le pire cas observé chez nous a été celui de Louise Arcand. Excellente chef d'antenne, elle avait réussi à remonter les cotes d'écoute du Téléjournal de 18 h à Radio-Canada. Mais voilà qu'un patron l'a convoquée pour lui annoncer qu'il fallait «rajeunir l'information». Louise Arcand avait 40 ans. Une jolie femme facile à regarder et agréable à écouter. Les téléspectateurs l'appréciaient.

Sa remplaçante fut Marie-Claude Lavallée, 28 ans.

Heureusement, Louise Arcand avait du caractère. Elle s'est battue. La CSN a gagné sa cause devant la Commission des droits de la personne. Radio-Canada lui a redonné du travail. À la radio d'abord, puis au magazine d'information Actuel à la télé. Elle avait beau être à la télé, on ne revit jamais son visage. Elle n'était plus qu'une voix!

L'ironie du destin

Louise Arcand est morte en 1992, d'un cancer foudroyant, à 48 ans.Le patron qui tenait tellement à rajeunir l'information est mort, lui aussi. Il a été heurté mortellement par une voiture en traversant le boulevard René-Lévesque, devant Radio-Canada.

La voiture était conduite par... une femme. Depuis, on a posé des feux de circulation sur ce coin de rue.

Mon grand patron de l'époque, Michel Roy, le père du chef d'antenne Patrice, m'a convoquée dans son bureau à mon retour de vacances pour m'annoncer cette mort. Il a ajouté que l'accident avait eu lieu des semaines auparavant et m'a fortement suggéré de ne pas écrire de texte sur cette «vieille» nouvelle.


Des progrès

Il y a eu des progrès depuis l'âge de l'obscurantisme. Les chefs d'antenne des grands bulletins de 22 h sont maintenant des femmes: Sophie Thibault à TVA, Céline Galipeau et Pascale Nadeau à Radio-Canada. Excellentes toutes les trois. J'espère qu'on les laissera vieillir en paix.
Incidemment, Radio-Canada a eu l'intention d'envoyer à la retraite sa célèbre Miss Météo Jocelyne Blouin il y a trois ans. Dès que le projet a été ébruité, la populace enragée a inondé Radio-Canada de protestations. Jocelyne est toujours là.

Oui, les patrons de télé comprennent parfois le gros bon sens.

Mais qu'on le veuille ou non, la beauté restera toujours irrésistible. Des études démontrent que les beaux enfants sont mieux traités à l'école primaire. Regardez les efforts surhumains de Cher pour conserver son sex-appeal.

Le talent ou la beauté?

À l'inverse, les actrices vieillissantes peuvent maintenant gagner des prix Gémeaux. En 2007, le Gala a couronné Louise Forestier et Angèle Coutu pour leur interprétation dans Le Négociateur. Monique Mercure est repartie avec une statuette pour Providence. Louise Latraverse aussi, pour La promesse.

Mais aux derniers Gémeaux, l'extraordinaire Danielle Proulx, de la série Aveux, a été coiffée au poteau par Laurence Lebœuf, de Musée Eden. La belle Laurence était manifestement estomaquée de sa victoire.

Elle a eu le triomphe modeste.

Mais une fois de plus, il était permis de douter. Laurence Lebœuf est d'une beauté irrésistible. Elle est émouvante même sous un masque chirurgical dans Trauma, qui n'est pas la meilleure série de Fabienne Larouche. Elle joue bien, mais est-ce sa beauté qui lui a valu le trophée?