Télévision / Reportages

Partager
«La vérité sur l'obésité»: Une réalité méconnue
La prolifération des restaurants qui servent de la malbouffe a des conséquences désastreuses. © Explora

«La vérité sur l'obésité»: Une réalité méconnue

Mercredi 17 mai 22 h, Explora

Par Isabelle Roux/TV Hebdo - 2017-05-02 15:42:31

Les obèses ont mauvaise presse. On dit qu’ils n’ont pas de volonté, qu’ils n’ont qu’à manger moins et à bouger plus. Or, la situation est beaucoup plus complexe que cela. Heureusement, grâce aux progrès de la science, de nouveaux traitements pourraient bientôt contribuer à régler ce problème, un des plus grands défis santé du XXIe siècle.



En Grande-Bretagne, plus de 60 % des adultes sont obèses ou en surpoids, et les médias rendent sur eux des jugements de plus en plus sévères, qu’on peut résumer ainsi: ces «gros» sont responsables de leur problème. Or, c’est faux.


L’instinct et les gènes

Le généticien Giles Yeo — qui, dans le documentaire La vérité sur l’obésité, voyage aux quatre coins de la Grande-Bretagne et aux États-Unis pour rencontrer des obèses et des chercheurs — s’est donné une mission: dissiper les mythes et découvrir les solutions que la science peut offrir aux personnes en surpoids.

Les raisons de l’épidémie d’obésité sont multiples. D’abord, la façon dont nous nous nourrissons est conditionnée par des centaines de millions d’années d’évolution. Nous n’avons jamais eu accès à autant d’aliments en faisant si peu d’efforts — nous n’avons plus à chasser pour nous procurer de la viande, par exemple —, mais notre instinct nous pousse à manger, parce que la nourriture peut manquer à tout moment. Ensuite, la malbouffe n’a jamais été aussi présente: la quantité d’établissements qui en servent a augmenté de 45 % au cours des 20 dernières années. Or, certaines personnes ont plus de mal que d’autres à résister aux mets hypercaloriques, pour des raisons génétiques.

Giles Yeo a consacré sa carrière à l’étude des gènes qui jouent un rôle dans la régulation du poids. Il en existe une centaine, dont le gène FTO, associé à la masse grasse et à l’obésité. Les gens qui en ont une version légèrement modifiée (le «gène de l’obésité») courent un plus grand risque d’éprouver des problèmes de surpoids. En diminuant la sensibilité du cerveau aux hormones, ce gène modifie les signaux que le corps envoie pour indiquer la satiété.


Un avenir meilleur

Toutefois, Giles Yeo démontre, grâce à une expérience menée auprès de personnes au régime, qu’il est possible de modifier le comportement alimentaire des porteurs du gène FTO modifié. Le généticien teste ses volontaires et explique les effets du gène à ceux qui en sont porteurs. Il constate ensuite que, lorsque les gens sont conscients de leur prédisposition à choisir des aliments hypercaloriques, ils ont tendance à modifier leur comportement alimentaire et à adopter de meilleures habitudes. Ainsi, ils ont plus de facilité à perdre du poids.

Pour ceux qui sont incapables de suivre un régime, un seul traitement existe: la chirurgie bariatrique — la réduction de la taille de l’estomac et, parfois, la déviation de l’intestin. Non seulement elle fait en sorte que les patients mangent beaucoup moins, mais elle modifie aussi leur sécrétion hormonale. Toutefois, elle est coûteuse — et risquée, puisqu’elle se révèle fatale dans 0,5 % des cas. Les scientifiques tentent donc de mettre au point une «piqûre miracle»: un cocktail d’hormones qui reproduit l’effet de la chirurgie bariatrique. Un tel traitement trompe le cerveau du patient en lui faisant croire que son estomac est plein. Les expériences sont prometteuses; malheureusement, la piqûre n’aurait aucun effet sur les gens qui «mangent leurs émotions» et trouvent du réconfort dans la nourriture. Comment les aider? La réponse à cette question se trouve peut-être dans les bactéries de l’intestin.


Un univers inexploré

La flore intestinale se compose de 100 trillions de micro-organismes, et les chercheurs n’ont que récemment commencé à comprendre le rapport entre ceux-ci et notre santé... et notre tour de taille. Des études sont en cours afin de déterminer si un traitement utilisé contre les infections à la bactérie C. difficile pourrait devenir une arme dans la lutte contre l’obésité. Une méthode, au nom peu ragoûtant de transplantation fécale, consiste à introduire dans l’intestin du patient infecté des matières fécales provenant d’un donneur sain, afin que les bonnes bactéries intestinales prennent le dessus sur les mauvaises. Serait-il possible, de la même manière, de transplanter dans l’intestin d’un obèse les bactéries d’un donneur mince? Un bon régime alimentaire s’apparentant au régime méditerranéen — sans la pizza et les pâtes! — favorise également la croissance des bactéries «minceur» dans l’intestin.

Les micro-organismes intestinaux n’ont pas encore révélé tous leurs secrets. Nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère de découvertes et, peut-être, près d’une solution au grave problème de l’obésité.