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La vérité sur les tests médicaux: Les maladies imaginaires
Michael Mosley © Explora

La vérité sur les tests médicaux: Les maladies imaginaires

Mercredi 19 juillet 22 h, Explora

Par Marie-Hélène Goulet/TV Hebdo - 2017-07-05 11:03:52

Sans ressentir le moindre symptôme, des millions de gens consultent leur médecin afin de passer une batterie de tests qui pourraient déceler une maladie asymptomatique ou la prévenir. Cependant, ces dépistages de masse sont-ils vraiment une panacée? Le documentaire La vérité sur les tests médicaux répond à cette question. 



Médecin et journaliste pour la BBC, Michael Mosley a décidé d’obtenir des réponses aux questions qu’il se pose sur les programmes de dépistage médical en jouant les cobayes devant la caméra. «Je veux découvrir quels tests médicaux sont vraiment utiles, si leur coût est justifié et si certains tests peuvent faire plus de mal que de bien», explique-t-il avant de se lancer dans l’aventure.


Des opinions contradictoires

Puisque les décès de son père et de son grand-père sont attribués à des maladies cardiaques, Michael Mosley démarre l’expérience en interrogeant des scientifiques sur la possibilité que lui-même soit emporté par ce type de mal. Il consulte d’abord son médecin de famille qui, en calculant quelques données très simples, lui indique qu’il serait peut-être temps pour lui de prendre des statines afin de diminuer son taux de cholestérol. Afin d’être fixé sur l’état de son cœur, le journaliste se rend ensuite dans une luxueuse clinique privée, où on analyse une image de son organe. Là, le ton est plus alarmant, puisqu’on montre au journaliste une plaque de cholestérol mou située près d’une artère et qui pourrait bien causer sa mort.

La réaction du patient est vive: «C’est encore pire que ce à quoi je m’attendais.» «Ma première réaction en voyant ça a été: “Merde, c’est mauvais!” Je suis encore sous le choc, mais je suppose que la meilleure chose à faire est de rentrer chez moi et d’en parler à ma femme.» Après coup, il demande l’avis d’un autre expert de la Fondation britannique des maladies du cœur. Ce dernier, beaucoup plus rassurant, lui conseille seulement de prendre des statines, comme l’a fait son médecin de famille.

Michael Mosley, qui a dépensé plusieurs centaines de dollars et vu son niveau d’anxiété grimper en flèche, a-t-il bien fait de faire examiner davantage son système cardiaque pour, finalement, revenir à la case départ? Il n’en est pas certain.


Les tests, mauvais pour la santé?

Heureusement pour lui, les côtés négatifs de ses tests demeurent assez restreints. Ce n’est pas le cas des programmes de dépistage par mammographie, qui condamnent des milliers de femmes à subir des mastectomies et des traitements de chimiothérapie inutiles. Certaines études affirment que pour une femme dont l’état de santé s’améliore grâce aux mammographies, trois autres subiraient des traitements pour un cancer qui ne se développerait jamais. D’autres recherches parlent même d’une patiente sauvée pour 10 femmes sacrifiées. Cela fait dire à Iona Heath, ex-présidente du Collège royal des omnipraticiens, qu’il faudrait abolir le dépistage systématique du cancer du sein chez les femmes. Elle spécifie toutefois qu’en cas de bosse, il faut absolument consulter.

Les hommes étant peu touchés par ce type de cancer, Michael a décidé de se soumettre au test sanguin pour dépister le cancer de la prostate. Depuis les années 1990, le test APS, conçu à l’origine pour confirmer un diagnostic, sert d’outil de dépistage de masse, ce qui enrage bien des scientifiques, dont celui qui l’a créé. En effet, plusieurs hommes sont devenus impuissants et incontinents après avoir été traités pour un cancer qui n’aurait sûrement pas causé leur mort. C’est le cas du père de Michael, qui s’est trouvé démuni après son opération.

Heureusement pour le journaliste, le résultat du test est négatif. Michael n’a donc pas à se demander s’il se fera traiter. Cependant, le test suivant, une coloscopie, réconcilie le chercheur avec le dépistage puisque, après qu’on a découvert un polype dans son côlon, on l’a tout de suite retiré sans douleur.

Avant de terminer son enquête, le journaliste se prête au jeu des tests de dépistage grâce à l’ADN, examens qu’on peut acheter en ligne, une pratique qu’il juge douteuse. Iona Heath conclut le documentaire par une affirmation qui porte à réflexion: «Depuis 20 ans, on retire systématiquement des ressources aux malades afin de les consacrer à effrayer les personnes en bonne santé, pour obtenir un avantage très marginal.»