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Les artisans de la télé: Marie-Chantal Perron
© Frédéric Auclair

Les artisans de la télé: Marie-Chantal Perron

Je connais de mieux en mieux Madeleine

Par Steve Martin / TV Hebdo - 2016-07-11 12:43:24

Autant Marie-Chantal Perron s’avère pétillante, affable et énergique dans la vie, autant elle peut paraître troublée et explosive dans la peau des personnages qu’elle incarne.






Alors que nous avions l’habitude de la voir prêter ses traits à des femmes attachantes, elle nous glace le sang dans Unité 9, dans le rôle de Madeleine, la gardienne de prison la plus détestée du petit écran. On peut dire que, depuis ses débuts à un jeune âge, Marie-Chantal a étendu son registre de manière significative!


Marie-Chantal, tu étais encore très jeune au moment où tu as été acceptée à l’École nationale de théâtre...

C’est vrai: j’avais environ 18 ans. J’étais la plus jeune de ma classe. J’ai été chanceuse. Avant ça, l’école, c’était horrible pour moi, même si c’était une étape importante. L’école, c’est la connaissance, la liberté, mais j’ai commencé à l’apprécier seulement à partir du moment où j’ai été acceptée en théâtre.


Qu’aurais-tu fait si tu n’avais pas été acceptée?

Comme je l’ai toujours dit, je suis trop paresseuse pour faire quelque chose que je n’aime pas! Je n’aurais pas pu travailler cinq jours par semaine dans un domaine qui ne m’aurait pas intéressée. D’ailleurs, j’admire ceux qui le font. C’est pour cette raison que ç’a été une bénédiction pour moi d’être acceptée si tôt. J’ai pu commencer à apprendre mon métier avec des super professionnels, des gens qui avaient un parcours derrière eux, un regard sur la vie... Ç’a vraiment été une école fantastique!


Tu as eu ton premier contrat à la télé dès ta sortie de l’école, avec l’équipe de l’émission humoristique CTYVON. Quel souvenir gardes-tu de tes débuts?

Les gens étaient vraiment gen­tils avec moi, et ça m’a donné l’occasion de travailler avec Yvon Deschamps. Je n’avais encore rien vu ni rien fait, et je me retrouvais sur un plateau avec une légende. L’équipe m’a fait confiance. Mal­heureusement, l’émission n’a pas duré longtemps, mais elle m’a permis de rencontrer des gens, dont Josée Fortier, une femme très intelligente qui comprend vraiment la comédie. J’étais contente que ces gens me prennent sous leur aile.


Dans les années 90, tu as eu l’occasion de jouer dans plusieurs séries: Marguerite Volant, Le sorcier, etc. Qu’as-tu tiré de ces expériences?

J’ai appris mon métier. Pendant mes études, je me suis rendu compte que ce que je désirais le plus, c’était durer. Au début de ma carrière, je n’avais pas de grands rôles, mais j’ai toujours travaillé. Les contrats sont arrivés doucement pour moi, contrairement à d’autres jeunes comédiens qui sortent de l’école et qui décrochent tout de suite le rôle de leur vie. C’est probablement une bonne chose. Si j’avais obtenu de grands rôles, comme c’est arrivé plus tard, je n’aurais pas été assez solide. Je suis une personne anxieuse et, à l’époque, j’étais quand même un peu fragile.


Un de tes premiers personnages marquants a été celui de Mademoiselle C. Les films ou les séries jeunesse laissent une trace particulière dans les souvenirs de ceux qui étaient enfants à l’époque de leur diffusion. T’en parle-t-on encore beaucoup aujourd’hui?

Oui, notamment parce que les films sont encore présentés dans les écoles. Aujourd’hui, je joue avec des jeunes qui me disent: «Quand j’étais petit, j’ai vu Mademoiselle C!» Je suis rendue là. (rires) Il y a déjà une barrière entre nous, comme si j’avais travaillé avec Fanfreluche!


Tu as joué Marie-Jo dans Histoires de filles pendant 10 ans. On se souvient que Guylaine Tremblay a quitté l’émission au bout de trois ans pour éviter d’être trop identifiée à la comédie. Cela t’est-il passé par la tête, à toi aussi?

Non. Je n’ai pas eu cette peur, même si la réflexion de Guylaine était très pertinente. J’ai vécu cette situation autrement. Pendant Histoires de filles, j’ai eu la chance de travailler à d’autres projets, dont Nos étés et des pièces de théâtre. Par la suite, j’ai joué dans les séries Le Gentleman, Destinées, etc. En fait, j’ai craint davantage d’être identifiée à Mademoiselle C qu’à Marie-Jo. Pourtant, tellement plus de gens regardent la télé! Chaque semaine, pendant 10 ans, presque un million de personnes ont regardé Histoires de filles.


Mis à part Marguerite, dans Les rescapés, tu as surtout incarné des personnages attachants. Est-ce un travail différent de te préparer à jouer le rôle de Madeleine dans Unité 9, une femme tout en retenue, qui contient sa colère et sa haine?

C’est le mot: il faut tout contenir. C’est le plus grand défi que je dois relever sur le plateau d’Unité 9. Les gens qui me connaissent savent à quel point je suis expansive. Toutefois, ça ne veut pas dire que Madeleine ne ressent rien.


Sur le plan physique, ça doit être difficile de rester dans cet état en permanence quand tu l’incarnes. J’ai toujours l’impression que tu dois avoir mal au cou au terme d’une journée de tournage...

Je connais de mieux en mieux Madeleine. Après les premiers jours de tournage, j’étais en effet bien fatiguée! C’est curieux. Parallèlement à sa retenue et à sa maîtrise d’elle-même, Madeleine a une part de violence. Ce n’est pas du tout mon cas alors, au début, ça me demandait beaucoup de concentration pour ne pas me trahir par un petit geste de la main ou par un regard qui aurait pu amener les téléspectateurs à se dire: «Ah, oui! C’est Marie-Chantal, on la reconnaît!» J’essayais de maîtriser Madeleine comme elle maîtrise tout le monde. C’est difficile pour moi, parce que je n’ai pas ce trait de caractère.


Même quand Madeleine donne des ordres ou qu’elle est violente, elle se retient...

En effet, elle n’est jamais hystérique. C’est intéressant, parce que je n’avais jamais joué un rôle comme celui-là.


Quel type de relation as-tu avec Élise Guilbault, l’interprète de Kim Vanier, avec qui tu joues tes scènes les plus intenses?

Madeleine déteste Kim, parce que celle-ci se croit dans un camp de vacances. Elle n’a aucun respect pour l’autorité — ce que Madeleine ne peut pas supporter — contrairement, par exemple, à Marie-Gisèle (Angèle Coutu). Comme cette dernière est sage et qu’elle respecte l’autorité, Madeleine est gentille avec elle. Kim, elle, agit comme si elle était libre alors qu’elle est derrière les barreaux, ce qui rend Madeleine folle de rage. C’est très drôle parce que Élise et moi sommes allées quelques fois au cinéma, au théâtre ou au resto, et les gens trouvaient ça drôle de nous voir côte à côte. Nous nous entendons super bien dans la vie, ce qui nous a aidées à jouer la haine dans la série.


T’es-tu inspirée d’une personne réelle ou d’un autre personnage pour construire Madeleine?

C’est une bonne question... Je dirais que non. Le simple fait de mettre mon costume et de me regarder dans le miroir a suffi. Quand je me suis vue pour la première fois avec mon uniforme, ma coiffure, etc., ç’a été comme si Madeleine s’imposait d’elle-même. Je l’ai vue. De plus, les réalisateurs Jean-Philippe Duval et Yann Lanouette-Turgeon ont été mes «yeux» dès le début et ils m’ont aidée à approfondir le personnage. Madeleine s’est révélée d’elle-même. Pendant la première journée de tournage, quand je me voyais dans le miroir, je sursautais: je ne me reconnaissais pas. Alors, je me suis servie de cette énergie, et c’est comme ça que Madeleine est née.


Marie-Chantal sera de retour dans Unité 9 cet automne. Elle jouera également dans l’adaptation théâtrale du roman La liste de mes envies, présentée au Théâtre du Rideau Vert du 11 octobre au 12 novembre.