Télévision / Reportages

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Les artisans de la télé: Marie Tifo
Marie Tifo © Eric Myre

Les artisans de la télé: Marie Tifo

Par Steve Martin / TV Hebdo - 2016-06-03 12:40:04

Malgré sa simplicité et sa nature joviale, on lui a confié, au petit écran, des rôles de femmes sophistiquées vivant leurs émotions dans le secret et la retenue. Celle qui rêvait de devenir professeure d’éducation physique nous explique comment la vie a décidé de lui faire suivre un tout autre chemin.

 

 

Marie, à l’époque, vous vous êtes inscrite au Conservatoire de Québec pour suivre vos amis. Aviez-vous une idée de ce qui vous attendait?

Pas du tout! J’ai passé les auditions pour voir ce qui arriverait. Je voulais être professeure d’éducation physique; je ne pensais pas du tout devenir comédienne. Cependant, je faisais partie d’un groupe d’adolescents qui faisaient du théâtre étudiant à Jonquière et, comme mes camarades avaient tous décidé de passer les auditions, je me suis dit: «Je vais y aller, moi aussi!» Finalement, j’ai été la seule d’entre nous qui a été acceptée à Québec! (rires) D’autres sont allés à l’École nationale de théâtre, à Montréal, alors je me suis retrouvée seule et j’ai dû faire un choix. Comme toujours avec moi, c’est la vie qui décide. Comme j’aimais ce que je faisais, je suis restée. C’était ce que je désirais au fond de moi, probablement.

Votre carrière s’est déroulée en parts égales au cinéma, à la télé et au théâtre. Vous avez la chance de ne jamais avoir été cataloguée...

C’est vrai, mais les Montréalais m’ont davantage connue au cinéma. Avant, je faisais du théâtre. À l’époque, nous étions des puristes: il n’y avait que le théâtre. La télévision et le cinéma n’étaient pas bien considérés du tout. Puis, on m’a demandé de passer une audition pour le film Les bons débarras, et j’ai obtenu le rôle. Ç’a été un grand film, avec un metteur en scène et un auteur — Réjean Ducharme — extraordinaires. Tout était magnifique: la direction photo, la distribution, etc. Parallèlement, j’ai reçu des offres de la télévision, pour Race de monde, de Victor-Lévy Beaulieu, et S.O.S. j’écoute; c’est Janette Bertrand qui m’a offert un rôle dans cette émission.

Puis vous avez tenu un rôle important dans Le parc des Braves. Quel souvenir gardez-vous de cette période?

Je me souviens que, quand on m’a offert le rôle de Marie, je devais tourner avec Yves Simoneau, qui était en train d’écrire le scénario de Pouvoir intime avec Pierre Curzi. Je voulais absolument jouer dans ce film mais, comme toujours, au cinéma, on ne sait jamais quand on obtiendra le financement nécessaire et quand on pourra tourner. Je venais de lire les cinq ou six premiers textes du Parc des Braves et je les trouvais extraordinaires. Alors, j’ai accepté le rôle de Marie et j’ai pensé: «Il arrivera ce qui arrivera!» Ç’a été une très belle aventure. L’univers de Fernand Dansereau, l’histoire des années 40 et la guerre, la reconstitution d’époque... Ç’a été une découverte pour moi. Et j’ai dû travailler en double, car Pouvoir intime a finalement été tourné. J’ai été très heureuse de pouvoir prendre part aux deux projets. Pouvoir intime est un si bon film! On l’a présenté l’an passé au festival Fantasia, et il n’a pas vieilli.

On vous a surtout fait jouer le drame. Aimeriez-vous avoir plus d’occasions de jouer la comédie — même absurde, à la manière du Cœur a ses raisons?

 J’adorerais ça! Au théâtre, dans les pièces de Molière, on me fait incarner une soubrette. J’ai joué dans une ou deux comédies avec Normand Chouinard et j’ai failli mourir de bonheur. Effectivement, ça me manque terriblement, mais bon... Disons qu’au théâtre je me reprends un peu!

Vous n’avez pourtant rien de l’artiste tourmentée. Vous semblez aborder votre travail avec beaucoup de plaisir.

Je ne suis pas une comédienne torturée. J’ai la chance d’avoir une certaine joie de vivre, c’est vrai: on l’a ou on ne l’a pas. J’aime me lever le matin, m’occuper de mon chien, etc. Les moindres petites choses me comblent. Et puis, je campe des personnages dramatiques et sombres, alors c’est bon de me ressourcer. Il faut dire que j’ai dû composer très jeune avec la douleur. J’avais une malformation à la hanche, donc j’ai vécu dans un vase clos; je regardais les autres enfants jouer. Ça m’a donné une motivation supplémentaire dans la vie. J’ai le désir de vivre et de bouger tout le temps.

On vous fait incarner des femmes de la haute société, qui sont loin de vous. Qu’est-ce qui est le plus difficile quand vous jouez ces rôles?

Il faut que je m’y prépare. Dans la vie, je suis une tomboy qui vit à la campagne, alors je dois penser à la démarche du personnage, à sa manière de s’asseoir... Bref, je dois simuler ce raffinement que je n’ai pas. C’est peut-être aussi à cause de mon visage qu’on me confie ces rôles. (rires) C’est mon casting, alors j’ai dû faire tout un travail pour apprivoiser ces personnages. Jacqueline, dans O’, ce n’est pas moi du tout, alors il a fallu que j’aille la chercher. C’est du travail de composition.

Vous avez mentionné que vous aimeriez voir Jacqueline perdre sa contenance, de sa superbe. Cela va-t-il arriver?

Je ne sais pas. Jacqueline a quand même subi des pertes depuis le début de O’, notamment quand sa fille Kathleen est morte. Elle m’en a fait vivre, des émotions, depuis quatre ou cinq ans! Alors, il lui arrive de perdre sa contenance, devant ses enfants et Samuel, par exemple. Très souvent, ils la désarçonnent. Toutefois, Jacqueline va devenir plus forte. Je pense que les événements vont la magnifier.

Cela a-t-il été plus facile de jouer avec Pierre Curzi, votre conjoint (qui a campé Richard dans O’), parce que vous étiez déjà intimes?

 Oui. J’étais bien contente que ce soit Pierre qui incarne Richard. Nous nous sommes connus sur un plateau, après tout. Pourtant, au début, quand on m’a proposé que Pierre joue dans O’, je ne voulais rien savoir! C’est notre agent qui nous a rappelé à quel point nous aimions travailler ensemble. Pourquoi se priver d’un plaisir? Alors, ç’a été facile et vraiment très agréable.

De tous les personnages que vous avez incarnés, y en a-t-il un qui vous ressemblait, côté tempérament?

 Celui que j’ai interprété dans Les sœurs Elliot était très, très près de moi. Connaissant les auteurs, c’était sans doute voulu. (rires) J’ai adoré cette expérience. C’était une série invraisemblable, mais pour nous, les comédiennes, c’était comme jouer aux cow-boys!

Vous avez joué de nombreux rôles. Auquel rêvez-vous aujourd’hui?

J’aimerais camper une policière, comme celle de la série britannique Happy Valley. Si j’ai un regret, c’est de ne pas avoir joué un rôle comme celui-là. Cela dit, j’ai quand même incarné une policière, mais d’un autre genre et un peu plus raffinée, dans la série Temps dur, avec Robin Aubert. C’était une série extraordinaire, à la fois poétique et dure.