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Les métiers de la télé: Bruno Gatien maquilleur prothésiste
Bruno Gatien dans son atelier, pendant qu’il prépare les prothèses qui lui serviront à vieillir le personnage d’André Lortie (Martin Dubreuil). © Production

Les métiers de la télé: Bruno Gatien maquilleur prothésiste

Comme si c'était vrai!

Par Nathalie Slight/TV Hebdo - 2017-05-02 15:48:42

Si le premier épisode de Victor Lessard est à glacer le sang, c’est en partie grâce aux prouesses de Bruno Gatien, le créateur des effets spéciaux de cette série policière. Maquilleur prothésiste depuis plus de 25 ans, il élabore des plaies, des cicatrices et d’autres trucages aussi réalistes que saisissants!



Simulation de blessures, vieillissement de personnages, faux sang, faux cadavres... Bruno Gatien trimballe son maquillage, ses prothèses de latex et de silicone et ses autres accessoires afin de créer des effets spéciaux sur différents plateaux de télévision et de cinéma. Il a choisi ce métier alors qu’il était adolescent.


Une voie toute tracée

«J’ai toujours été un amateur de films de science-fiction. Je suis de la génération Star Wars, Gremlins, etc. Adolescent, j’achetais des magazines qui expliquaient comment réaliser des effets spéciaux dignes de Hollywood. Puis un jour, en regardant l’émission Le club des 100 watts, je suis tombé sur une entrevue avec un Québécois créateur d’effets spéciaux. J’ai trouvé son numéro de téléphone, et je l’ai convaincu — à force d’insister — de m’engager en tant qu’assistant. J’ai d’abord participé à l’élaboration des effets spéciaux de Map of the Human Heart, un film américain tourné à Montréal en 1992. Je n’étais pas rémunéré, mais ça m’importait peu: j’apprenais mon métier!» raconte-t-il.

En 25 ans, Bruno Gatien a travaillé à des centaines de productions. «Le plateau le plus impressionnant sur lequel j’ai mis les pieds est celui de X-Men: Days of Future Past. Avec l’équipe responsable des effets spéciaux, j’ai transformé l’acteur américain Ray Park en mutant et j’ai ma­quillé l’interprète du président Nixon. Cela dit, chaque projet est intéressant et apporte son lot de beaux défis. J’ai aussi réalisé des maquillages hyper intéressants, pour des films qui n’ont pas eu le succès escompté au box-office», précise-t-il


Faux cadavres, vrais frissons

La série policière Victor Lessard, inspirée du troisième roman du maître du suspense Martin Michaud, s’est révélée un immense terrain de jeu pour Bruno Gatien: «Les enquêteurs Victor Lessard et Jacinthe Taillon (Patrice Robitaille et Julie Le Breton) tentent d’élucider une série de meurtres sordides. Je devais créer un cadavre avec le cou transpercé par ce qui semblait être un instrument de torture du Moyen Âge, des plaies, des lésions sur la peau, des cicatrices, du faux sang, etc. Je me suis gâté en travaillant pour cette série. C’est assez rare qu’une production québécoise ait besoin d’autant d’effets spéciaux! En employant diverses techniques de sculpture, de moulage et de fabrication de prothèses, j’ai créé les blessures des cadavres. Pour la majorité des plaies, je me suis servi de transferts 3D. Ce sont des cicatrices à relief qu’on colle directement sur la peau, à la manière des tatouages pour enfants. L’illusion est parfaite!»

Un des défis que Bruno Gatien a relevés était de transformer la physionomie d’un comédien dont le personnage fait une tentative de suicide. «Je ne vous révélerai pas son nom, puisqu’il s’agit d’un revirement inattendu dans l’intrigue. Cette métamorphose a exigé le port d’une prothèse pour simuler un œil manquant, en plus de nombreuses cicatrices et d’un jeu de relief afin de donner l’illusion qu’un côté du visage s’était affaissé. La série Victor Lessard a été tournée en 4K (ultra haute définition). Il fallait que le maquillage soit plus que parfait: fausses blessures, fausses cicatrices... vrais frissons!»


L’incroyable transformation de Martin Dubreuil

Dans Victor Lessard, nous apercevons le personnage d’André Lortie (incarné par Martin Dubreuil) à plusieurs époques de sa vie. C’est Bruno Gatien qui a eu la tâche de vieillir le comédien d’une trentaine d’années. «J’ai d’abord effectué un moulage de son visage. Ensuite, à partir de ce moulage, j’ai créé des prothèses en silicone précoloré simulant des rides, que j’ai appliquées sur le visage de Martin les jours de tournage. Il s’agit d’un travail minutieux, puisqu’il faut fondre chaque contour de prothèse — aussi mince qu’une feuille de cellophane — sur le visage du comédien à l’aide d’une solution à base d’alcool. La prothèse cache une partie des vrais cheveux de Martin, pour rappeler la perte de cheveux d’un homme de 70 ans. Pour finir, j’ai ajouté une repousse de barbe, collée poil par poil. Cette transformation extrême a duré cinq heures! Ça m’a donné le temps de connaître Martin Dubreuil: un homme sympathique et, surtout, très patient!»