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Les métiers de la télé: Chantal Cadieux, auteure et Sylvie Denis, Script-éditrice
Sylvie Denis et Chantal Cadieux. © Jean Langevin

Les métiers de la télé: Chantal Cadieux, auteure et Sylvie Denis, Script-éditrice

Une collaboration indispensable

Annie Hogue / TV Hebdo - 2015-05-07 16:48:35

L’écriture d’une série ou d’un téléroman est généralement un travail solitaire, mais un auteur ne peut l’effectuer sans collaboration. Depuis l’époque de Providence, Chantal Cadieux travaille avec Sylvie Denis, une script-éditrice en qui elle a pleinement confiance. Les deux femmes, qui sont devenues amies, nous parlent de leur belle complicité et du travail méconnu qu’est la script-édition.


C’est au restaurant Pasta Express, où ont lieu leurs séances de travail, que j’ai eu le plaisir de les rencontrer.


Venez-vous souvent travailler ici toutes les deux?

Sylvie Denis: Oui, nous nous rencontrons presque toujours ici, car le restaurant est situé entre nos deux maisons.


À quelle fréquence vous réunissez-vous?

Chantal Cadieux: Environ une fois tous les deux mois, mais nous nous parlons tous les jours au téléphone. J’écris, et le travail de Sylvie consiste à lire mes textes et à les commenter. Elle reçoit aussi les commentaires de tout le monde — du réalisateur, de Radio-Canada, etc. — et me les transmet. Elle est le trait d’union entre l’équipe de production et moi. Si j’étais toujours au téléphone afin de régler tous les détails, je n’aurais plus le temps d’écrire.


Sylvie, peux-tu m’expliquer la nature exacte de ton travail?

S.D.: Je suis la première lectrice de Chantal. Je lis tout, et je fais des commentaires, mais je ne change rien au texte.

C.C.: Elle m’avertit s’il y a des incohérences ou si certains détails ne sont pas précis. Elle peut aussi me faire remarquer qu’une réplique est trop longue et qu’on s’y perd un peu.


Comment en êtes-vous venues à collaborer?

C.C.: La script-édition est un métier assez nouveau. Certains auteurs écrivent à deux et se partagent les tâches: l’un d’eux répond au téléphone, répond aux questions pendant que l’autre écrit. De mon côté, je travaille seule. Or, maintenant, les productions se font très vite et les tournages, par blocs, comme au cinéma, alors j’ai besoin d’aide. Il arrive que Sylvie me demande de préciser certains détails, mais elle est souvent en mesure de fournir seule les réponses aux questions qu’on lui pose. Elle ne prend aucune décision quant au contenu, mais elle m’aide sur plusieurs plans. Il faut vraiment trouver la bonne personne pour faire ce travail, une personne en qui on a confiance. Je cherchais aussi quelqu’un qui soit bon en français. J’essaie de faire le moins de fautes possible, mais j’en fais quand même, et Sylvie peut me corriger. De plus, elle connaît bien la scénarisation. Elle fait ce travail depuis longtemps.

S.D.: C’est vrai: j’ai commencé avec Passe-Partout! (rires)

C.C.: J’ai rencontré Sylvie au cours de la deuxième saison de Providence. Je cherchais quelqu’un qui m’aiderait, mais pas un auteur. J’avais besoin d’une personne qui ne parlerait pas en mon nom et qui ne désirerait pas réécrire les textes pour dire les choses autrement. J’avais peur avant de rencontrer Sylvie, car j’avais eu quelques mauvaises expériences. Le producteur Jocelyn Deschênes m’a parlé de Sylvie, qu’il connaissait déjà, puisqu’elle a travaillé longtemps avec Richard Blaimert.

S.D.: La première fois que nous nous sommes parlé au téléphone, nous nous sommes bien entendues.


Donc, quand tu as commencé à écrire Mémoires vives, tu as voulu retravailler avec Sylvie?

C.C.: Oui, mais elle n’était pas libre. Quand Providence a pris fin, elle a évidemment accepté un autre contrat. J’ai alors travaillé avec quelqu’un d’autre. C’était bien, mais j’espérais que Sylvie se libérerait. La première saison de Mémoires vives a été difficile, je dirais même qu’elle a été épique!

S.D.: C’est difficile de mettre un projet en branle...

C.C.: Oui; il faut apprendre à faire confiance aux autres. Avec Sylvie, je n’ai pas peur. S’il y a des problèmes, elle les résout et gère la situation avec humour. Pour moi, c’est important! Donc, j’ai joué la carte de la pitié, et j’ai pu retravailler avec Sylvie! (rires)


Sylvie, où commence ton travail et où s’arrête-t-il? Vas-tu sur les plateaux?

S.D.: Non. Je me concentre sur les textes, de la période d’échange — le brainstorming — à la version finale.

C.C.: À l’époque de Providence, j’avais des collaborateurs lors du brainstorming, mais ce n’est pas le cas pour Mémoires vives. C’est une tâche de plus pour Sylvie, car nous échangeons des idées. Elle prend en note les intrigues et me rappelle lorsque nous en avons laissé en suspens. Elle me parle aussi de choses qu’elle a lues ou entendues afin de m’inspirer.

S.D.: Travailler ainsi fait en sorte que nous sommes toujours au diapason par rapport aux intrigues.


Chaque téléroman ou série compte-t-il sur un script-éditeur ou une script-éditrice?

S.D.: ll y en a beaucoup. Certaines chaînes, comme Radio-Canada, le demandent aux producteurs.


Quelle formation est nécessaire pour exercer ce métier?

S.D.: Il n’y a pas de formation spécifique. Il est peut-être possible de suivre quelques cours, mais ça n’existait pas quand j’ai commencé. Personnellement, j’ai obtenu un certificat en communications et j’ai suivi des cours de scénarisation. Chaque producteur — ou chaque auteur — exige un travail un peu différent de son script-éditeur.


Chantal, de quelle façon structures-tu ton travail?

C.C.: J’écris un bloc de quatre épisodes à la fois. Je rédige d’abord un scène-à-scène: c’est un document dans lequel on trouve toutes les scènes, les personnages, les lieux, etc. Ensuite, je passe aux versions dialoguées. Sylvie est la seule personne qui lit les textes à cette étape. Il y a une différence de plusieurs épisodes entre ce que l’on voit à la télé et ce que je suis en train d’écrire.


Combien de temps cela te prend-il pour livrer un bloc de quatre épisodes?

C.C.: Sylvie et Isabelle, la coordonnatrice aux textes, ont établi un calendrier que je dois respecter. Quand je veux décourager quelqu’un, je le lui montre!

S.D.: Généralement, ça prend deux mois et une semaine pour livrer le bloc. À ce moment, les corrections sont faites, les comédiens et les comédiennes ont reçu les textes, et nous sommes prêts à tourner.

C.C.: Les comédiens reçoivent ce qu’on appelle une version blanche du scénario, c’est-à-dire une version qui contient les derniers commentaires. Ensuite, si pour une raison ou une autre il faut modifier les textes, nous remettons à l’équipe une version rose. Nous suivons un ordre de couleur. Chaque fois qu’il y a une modification, la couleur change, et la nouvelle version des textes est envoyée à tout le monde. La plupart du temps, la rose est la dernière, mais il peut aussi y en avoir une bleue, une verte, une jaune, etc.


Quel est le rôle d’Isabelle, la coordonnatrice aux textes?

S.D.: Elle travaille au bureau de production. Elle précise des détails liés à la réalisation et, au besoin, elle modifie le format des textes. Elle peut nous souligner des incohérences ou faire des ajouts afin que tout soit plus clair sur le plateau. C’est également elle qui recueille les renseignements nécessaires auprès de nos consultants dans les milieux médical, policier ou juridique.

C.C.: C’est une très bonne recherchiste. Il lui arrive de poser des questions supplémentaires et de mettre des notes dans le texte si elle sait que je n’aurai pas le temps de lire tous les rapports de recherche.

S.D.: Son travail est très important, tout comme celui des autres collaborateurs. Par exemple, nous employons depuis toujours le même enquêteur à la retraite.


Vous parliez plus tôt de brainstorming: où trouvez-vous votre inspiration?

S.D.: Dans les grands événements de l’actualité, et ce sont souvent les mêmes nouvelles qui nous frappent. Chantal a vraiment beaucoup d’imagination. Parfois, je me demande où elle va chercher certaines idées tordues!

C.C.: Oui, c’est vrai! L’actualité nous inspire et vient aussi confirmer que certaines intrigues sont plausibles.