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Les métiers de la télé: Jean Cardinal, technicien animalier
Marc Hervieux, René Simard et Marie-Josée Taillefer ont apprécié la présence du lynx Aslam sur le plateau de «Cap sur l’été»: l’animal est resté tranquille. © Collection personnelle

Les métiers de la télé: Jean Cardinal, technicien animalier

«Les bêtes m'ont appris mon métier»

Nathalie Slight / TV Hebdo - 2013-11-11 15:17:30

Lorsqu’on arrive sur l’immense terrain de Jean Cardinal, à Sainte-Anne-de-la-Rochelle, des chiens viennent à notre rencontre. Et ce n’est qu’un début! Près de la maison se trouvent de gigantesques enclos abritant toutes sortes d’animaux. On pourrait croire que le propriétaire des lieux est un excentrique qui possède un zoo privé.






En fait, Jean Cardinal est un technicien animalier qui partage sa vie avec des vedettes à poils et à plumes.

Afin de côtoyer des bêtes tous les jours, Jean Cardinal a ouvert l’animalerie Aquazoo, à Belœil, dans les années 80. «La plupart de mes compétiteurs se contentaient d’offrir des chiens et des chats, alors que je vendais des tarentules, des serpents et plusieurs autres animaux exotiques, explique cet amoureux des bêtes. J’étais avant-gardiste; c’est pour cette raison qu’on a parlé de moi à maintes reprises dans les médias.»

Sa notoriété lui a permis de faire ses débuts en tant que technicien animalier sur des plateaux de tournage. «Le premier téléfilm auquel j’ai travaillé est Evangeline Deuce, produit par Radio-Canada. Jean Lapointe devait prendre dans ses mains une bécasse, un petit oiseau originaire de Gaspésie.

On m’avait engagé pour que je m’occupe de l’animal et pour que je voie à ce qu’il ne soit pas blessé pendant le tournage.» Petit à petit, Jean Cardinal est devenu un expert animalier sur les plateaux de cinéma et de télévision. «Ce sont les bêtes qui m’ont appris mon métier, confie celui que l’on ne voit jamais à l’écran. À force de les observer, j’ai appris leur langage, et nous nous sommes mutuellement apprivoisés.»


Le chef de meute

La collection d’animaux de Jean Cardinal, qui est notamment composée de lions, de tigres, de loups, de renards, de hiboux, de chevreuils, de corbeaux, de ratons laveurs, de mouffettes, de rats et de chiens, est impressionnante. Lorsqu’il nous fait faire le tour de son vaste terrain à la campagne, les bêtes viennent à lui spontanément. «Dagma! Sushi! Comment allez-vous aujourd’hui?» dit-il. Ces gigantesques tigres de Sibérie se collent sur la clôture pour recevoir les caresses de leur maître.

Si l’homme n’hésite pas à passer le bras à travers le grillage pour caresser ses tigres, il entre carrément dans l’enclos des loups. Jean est sans contredit le chef de meute de ces derniers. «Elsa, viens, ma belle... viens poser pour la caméra!» l’encourage-t-il. Telle une chienne, la louve s’exécute, suivie de ses congénères.


Des stars à quatre pattes

Comment ce technicien animalier s’y prend-il pour obtenir si facilement la collaboration de ses bêtes? «Mon travail s’étend bien au-delà des tournages, souligne-t-il. Je parle à mes animaux tous les jours; je prends soin d’eux, et ils savent que je leur veux du bien. Voilà pourquoi ils n’hésitent pas à faire ce que je leur demande.»

Lorsque les maisons de production retiennent les services de Jean Cardinal, elles lui remettent un scénario et le mettent au courant de leurs besoins. «Par exemple, si un réalisateur désire qu’un loup passe en dessous d’une clôture, j’amène mes bêtes à exécuter l’action et je vois laquelle est la plus apte à la faire, explique-t-il. Une fois mon loup choisi, je l’entraîne.

En jouant avec lui et en le récom­pensant, je le conditionne à exécuter l’action dans différentes situations. Le tournage peut se dérouler dans un studio, à l’extérieur ou même ici, chez moi. Comme mes animaux sont habitués à côtoyer des humains, la présence de l’équipe technique ne les intimide pas le moins du monde.»

Durant le tournage d’une scène, Jean Cardinal doit souvent s’éclipser. «Les animaux sont comme des enfants: si je reste, ils me cherchent du regard, dit-il. Je suis un peu comme leur papa!» (rires)


Fier de ses vedettes

Dans le cadre de son travail, Jean Cardinal a côtoyé plusieurs vedettes d’ici et d’ailleurs. «Dans le film La couleur du mensonge, un corbeau devait se poser sur l’épaule de Nicole Kidman, raconte-t-il. J’ai fait répéter mon oiseau chez moi. Une fois sur le plateau, j’ai expliqué à Nicole Kidman comment communiquer avec lui. J’entraîne non seulement les animaux, mais aussi les humains qui travaillent avec eux!»

Anthony Hopkins, Ed Harris, Donald Sutherland, Ben Kingsley et Aidan Quinn font partie des stars que Jean Cardinal a eu la chance de rencontrer. «Pendant le tournage du film Le mandat — je m’occupais de rats et de pigeons —, j’ai passé trois nuits au vieux pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul à discuter avec Aidan Quinn.

Rares sont les comédiens qui n’aiment pas les bêtes, alors j’ai des liens privilégiés avec eux, même lorsqu’il s’agit de vedettes internationales. À mon avis, les vraies vedettes, ce sont mes animaux!»


Des tournages délicats

Pour inciter les bêtes à coopérer, le technicien animalier a plus d’un tour dans son sac. «Dans une publicité, un tigre de Sibérie devait se rendre d’un point A à un point B. Comme il s’agit d’un animal sauvage, la pub a été tournée avec une équipe restreinte: il y avait le cameraman, mon assistant et moi. Le reste de l’équipe était à l’extérieur du studio.

J’ai utilisé une voiture téléguidée pour susciter l’intérêt de l’animal. Au bout de trois prises, le tigre a mis la patte sur la voiture et l’a complètement détruite. Heureusement, les trois prises étaient bonnes!» (rires)

Il arrive parfois que Jean dirige plusieurs animaux à la fois. «Dans le film L’autre maison, mettant en vedette Marcel Sabourin, Roy Dupuis et Émile Proulx-Cloutier, trois ratons laveurs devaient mettre le bordel dans un chalet, et un hibou devait atterrir sur la table. Mes animaux sont habitués à se côtoyer, alors tout s’est bien déroulé», conclut Jean Cardinal.