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Les métiers de la télé: Le casting et les auditions
Virginie Fortin © Jean Langevin

Les métiers de la télé: Le casting et les auditions

Par Nathalie Slight / TV Hebdo - 2016-06-23 15:10:06

Certains comédiens perçoivent le processus d’audition comme une magnifique occasion de montrer leur talent, alors que d’autres pensent plutôt qu’il s’agit d’un passage obligé pour décrocher un rôle. Quel que soit le point de vue, l’audition demeure, pour la plupart des artistes, un exercice aussi exaltant que stressant. 



Après avoir passé deux auditions, l’humoriste Virginie Fortin a décroché un premier rôle dans la nouvelle comédie dramatique Trop qui sera sur l’Extra tou.tv cet automne. «J’ai la curieuse habitude de repousser mes limites, de me lancer dans des projets qui me terrifient de prime abord. Lorsque mon agent a proposé mon nom pour le rôle d’Anaïs dans Trop, ça me tentait au boutte! Quand j’ai reçu les scènes d’audition, j’étais hyper motivée. Pourtant, le matin du jour J, je pleurais, roulée en boule dans un coin de ma chambre. (rires) J’ai bien fait de prendre mon courage à deux mains et de me rendre à l’audition. Mon énergie était, semble-t-il, proche de celle du personnage; j’ai fait une bonne impression.»

Quelques jours plus tard, Virginie a été convoquée de nouveau en audition. Cette fois, Évelyne Brochu — qui avait obtenu le rôle d’Isabelle — lui a donné la réplique. «Isabelle et Anaïs sont des sœurs dans la série, il fallait donc vérifier si Évelyne et moi étions complices. Ç’a immédiatement cliqué entre nous. On se connaissait sans se connaître. C’est après cette deuxième audition que j’ai décroché le rôle», explique Virginie.


Donner son maximum... et passer à autre chose

Lorsqu’un agent de casting convoque un comédien à une audition, ce dernier doit habituellement apprendre deux ou trois scènes riches en émotions, histoire de montrer l’étendue de son jeu.

«Pour décrocher le rôle de Nicole dans la série St-Nickel, je devais jouer deux scènes de chicane. Un comédien spécialement engagé pour donner la réplique aux comédiennes était présent dans la salle... Une audition comporte toujours une part de stress. Ma façon de composer avec ce stress est de faire abstraction de “l’après”. Mes seuls objectifs sont d’avoir du plaisir et d’être fière de moi. Une fois l’audition terminée, j’essaie — je dis bien, j’essaie — de ne plus y penser. J’ai donné le meilleur de moi-même, le reste ne m’appartient pas», confie Noémie Yelle.

Anne-Élisabeth Bossé, choisie pour tenir l’un des rôles-titres dans la nouvelle comédie dramatique Les Simone (qui sera diffusée cet automne à Radio-Canada), abonde dans le sens de Noémie. «Même si je suis dans le métier depuis plusieurs années, le casting reste une science mystérieuse pour moi. Parfois, on nous dit qu’une audition sera “réduite” et, finalement, on convoque plusieurs comédiennes. L’inverse est aussi vrai. Donc, quoi qu’il arrive, je me présente à l’audition, et je donne le meilleur de moi-même, point. Je maîtrise ce que je peux maîtriser et, pour le reste, je pratique le fameux lâcher-prise!»


La complicité, un ingrédient important

Jean-Michel Anctil n’aime pas vraiment les auditions. «Je préfère donner un show d’humour devant des milliers de spectateurs que de passer une audition devant deux ou trois personnes! (rires) Le jour de mon audition pour le rôle du père dans la nouvelle série Mes petits malheurs (qui sera diffusée cet automne à Radio-Canada), j’ai appelé mon agent pour lui dire que je regrettais d’avoir accepté de la passer. Dans le fond, ce que je craignais, c’était d’être déçu si je n’obtenais pas le rôle, parce que le projet me tentait énormément», raconte-t-il.

Dans la salle où il attendait le moment de son audition, Jean-Michel Anctil a aperçu la comédienne Catherine Proulx-Lemay, convoquée à la même heure que lui. «Les auditions conjointes sont assez rares. Ç’a donc été une belle surprise pour moi d’être jumelée à lui. Je suis certaine que l’énergie de Jean-Michel a contribué à ce que je décroche le rôle, et vice-versa. Nous nous étions rencontrés à quelques reprises auparavant sur des plateaux de jeux-questionnaires, et je le trouvais fort sympathique», souligne Catherine, qui incarnera la femme du personnage de Jean-Michel dans Mes petits malheurs.


L’attribution des rôles: un consensus

Lorsqu’une série télé est en préparation, la maison de production engage un agent de casting dont le rôle est de trouver le meilleur comédien ou la meilleure comédienne pour camper chaque personnage. «Au début du processus, les producteurs nous envoient un scénario ou quelques épisodes déjà écrits pour que nous puissions amorcer le travail, c’est-à-dire repérer les rôles à attribuer grâce au texte. Ensuite, nous avons une première rencontre avec les producteurs, le réalisateur et — si possible — les auteurs, question de discuter des personnages. Il arrive que, à cette étape, des noms soient déjà sur la table, par exemple parce que les auteurs ont écrit le rôle en pensant à un comédien précis ou parce que le réalisateur désire travailler avec une actrice spécifique. Certaines équipes de production sont ouvertes à toutes les propositions, tandis que d’autres préfèrent des comédiens connus, des valeurs sûres selon elles», explique Pierre Pageau, directeur de casting et coprésident de l’Association des directeurs de casting du Québec.

À la suite de cette réunion, le directeur de casting envoie ce qu’on appelle un break-down dans le jargon du métier, c’est-à-dire une brève description du projet et des rôles ainsi qu’un calendrier de tournage, aux agences artistiques et aux regroupements d’acteurs. «Le break-down est envoyé à 150 destinataires environ, et chacun nous propose 2 ou 3 comédiens. Nous disposons donc d’un bassin de 300 à 450 suggestions d’acteurs pour chaque rôle. Nous en retenons une trentaine que nous présentons lors d’une deuxième rencontre avec l’équipe de production. Certains visages sont connus, d’autres pas. À la suite de cette discussion, une quinzaine de comédiens sont convoqués en audition.» Pour un rôle épisodique, il n’y a qu’une audition, mais lorsqu’il s’agit d’un rôle de grande importance, par exemple un premier rôle dans une série télévisée, quelques comédiens sont convoqués une seconde fois. «Cette deuxième audition sert à valider le choix final. Il n’est pas rare qu’un comédien déjà engagé donne la réplique à celui qui auditionne, pour qu’on puisse évaluer la complicité entre eux. Il ne reste alors que deux ou trois comédiens en lice pour chaque rôle. Les agents de casting donnent leur avis, mais la décision définitive est le résultat d’un consensus entre les producteurs, le réalisateur, les auteurs et le diffuseur.»