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Les métiers de la télé: les enfants de la publicité
Zoé Béliveau, comédienne, et sa mère, Nathalie Khayat © Vickie Michon-Dagenais

Les métiers de la télé: les enfants de la publicité

Le jeu c'est sérieux

Nathalie Slight / TV Hebdo - 2014-03-14 15:38:41

Une jolie frimousse, des taches de rousseur, de grands yeux expressifs, une personnalité attachante... les enfants en vedette dans les commerciaux sont irrésistibles, et les publicitaires qui les engagent en sont pleinement conscients. Mais obtenir que son petit loup joue dans une publicité est loin d’être un jeu d’enfant pour un parent.




À l’instar des comédiens des petit et grand écrans, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. La maman d’une jeune comédienne, la directrice d’une agence de casting et un directeur des auditions nous invitent dans l’univers des enfants de la pub


L'aventure commence

La régisseuse de plateau Nathalie Khayat n’avait jamais envisagé faire jouer sa fille, Zoé Béliveau, dans des publicités avant que celle-ci lui en fasse la demande, à l’âge de quatre ans. «Alors que nous rendions visite à son papa, un technicien en cinéma, ma fille a remarqué la présence d’enfants sur le plateau, raconte Nathalie.

Elle m’a dit: “Maman, je veux être devant les caméras, moi aussi!” Les jours suivants, elle est revenue plusieurs fois à la charge. Comme son désir était réel, j’ai décidé de lui faire expérimenter le jeu d’acteur, de la même façon que je l’ai initiée à la gymnastique et au ski.»

Nathalie Khayat et sa petite Zoé se sont lancées dans l’aventure sans attendre. «La première étape était de dénicher un agent pour représenter Zoé, poursuit sa maman. Après quelques recherches, j’ai porté mon choix sur Louise Bergeron. Nous avons immédiatement cliqué. Coup de chance: elle n’avait pas parmi ses clients de petite fille du même type que Zoé, c’est-à-dire une fillette aux cheveux longs et aux yeux bruns.»


La ronde des auditions

Extravertie, attentive aux consignes et enjouée, Zoé s’est démarquée lors de sa première audition. «Devant la caméra, les enfants devaient rire de bon cœur, explique Nathalie Khayat. Comme ma fille rit facilement, ça s’est extrêmement bien déroulé pour elle. Le réalisateur a effectué un montage des images des enfants les plus rigolos, et Zoé était du lot!»

La fillette, alors âgée de cinq ans, a enchaîné figurations et petits rôles à la télévision et au cinéma afin d’acquérir de l’expérience. «En ce qui a trait à la pub, Zoé s’est présentée à plusieurs auditions avant de décrocher à nouveau un rôle, précise sa mère.

’ai expliqué à ma fille que la publicité est comme un concours: parfois on se rend en finale, parfois non. De bons et beaux enfants, il y en a des centaines au Québec. Le simple fait d’avoir été acceptée à l’audition est merveilleux. Décrocher un rôle, c’est un extra!»


Une expérience de rêve

Aujourd’hui âgée de huit ans, Zoé a décroché quelques rôles dans des publicités, dont une pour la Banque TD. «Ç’a été une expérience de rêve! se rappelle Nathalie Khayat. Comme les publicités anglophone et francophone étaient tournées en même temps, nous nous sommes rendues à Toronto en avion. L’aventure s’est échelonnée sur quatre jours. À plusieurs reprises, j’ai fait prendre conscience à ma fille qu’elle était privilégiée de vivre cette expérience.»

Lorsqu’on demande à Zoé ce qu’elle désire faire plus tard, elle répond qu’elle ne le sait pas encore. «Elle vit dans l’instant présent, souligne sa maman. Elle ignore si elle sera comédienne plus tard, de la même façon qu’elle n’envisage pas de se rendre aux Jeux olympiques lorsqu’elle suit un cours de ski ou de gymnastique. (rires)

Le rôle d’un parent est de garnir le “coffre à outils” de son enfant d’une multitude d’expériences. Si ma fille me dit demain matin qu’elle préfère chanter comme son idole, Marie-Mai, je la soutiendrai de mon mieux.»


Shanda Pall, propriétaire de l’agence artistique Flos et Marmots

Comédienne de formation, Shanda Pall a ouvert l’agence artistique Flos et marmots lorsqu’elle est devenue maman. «Chaque année, je reçois plus de 1000 demandes de parents qui désirent que je représente leurs petits cocos», confie la sympathique jeune femme. Tous les six mois, elle organise des auditions.

«Je recherche des enfants sociables, spontanés, curieux, allumés, naturels, enjoués, charmants, calmes, patients, à l’aise devant les caméras et à l’écoute des consignes.» Ceux qui correspondent à cette description sont nombreux. «Pour que j’accepte un enfant dans mon agence, il doit aussi avoir un je-ne-sais-quoi d’irrésistible qui lui permet de se démarquer des autres, sur le plan du look ou de la personnalité, ajoute Shanda.

Je dois aussi avoir une bonne relation avec les parents, parce que c’est avec eux que j’ai le plus de contacts.» Un autre must selon elle: le désir de faire de la télévision doit venir de l’enfant et non du parent. «Pour les publicités, il y a un chèque intéressant au bout de l’aventure, ce qui peut tenter quelques parents. Mais si on tient compte des nombreux déplacements pour les auditions, des figurations, des tournages étudiants ou bénévoles pour acquérir de l’expérience, on se rend rapidement compte qu’il faut y mettre beaucoup d’énergie et faire bien des efforts pour décrocher un rôle.

L’argent ne doit pas être la motivation première, mais un petit plus à la fin. Pour les enfants, le jeu doit être une passion, au même titre qu’un sport ou toute autre activité. Les petits comédiens qui décrochent les rôles sont ceux qui s’amusent en audition, qui ont du plaisir à jouer devant la caméra.»


Vincent Giroux, directeur des auditions

Vincent Giroux dirige les comédiens — les petits comme les plus grands — dans les salles d’auditions, pour des productions cinématographiques et télévisuelles. «Mon rôle est de mettre les enfants à l’aise rapidement pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes, explique-t-il. À la première prise, je vois ce que l’enfant a préparé avec ses parents, puis je dis: “O. K., tu as super bien fait ça. Maintenant, on va essayer ceci ou cela.”»

Le but est de vérifier si l’enfant peut être dirigé, s’il peut comprendre et appliquer les consignes, et exécuter plusieurs fois la même action. «Si, au bout de trois prises avec moi, le petit est exaspéré, c’est clair qu’il ne pourra pas passer à travers huit heures de tournage!» Vincent connaît bien le métier, puisqu’il est également comédien.

Il n’est pas rare qu’il dirige les enfants sur le plateau de tournage. «Comme j’ai déjà établi des liens avec eux, je sers d’intermédiaire entre le réalisateur et les petits comédiens. Sur place, l’enfant doit se rendre compte que toute une équipe de production compte sur lui. Oui, il faut avoir du plaisir sur le plateau, mais il faut garder en tête que jouer, c’est sérieux!»