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Les métiers de la télé: Nancy Bouchard, cascadeuse
Nancy Bouchard © Équineart photo

Les métiers de la télé: Nancy Bouchard, cascadeuse

Accro à l'adrénaline

Par Nathalie Slight / TV Hebdo - 2015-10-08 10:57:23

Elle peut se glisser dans la peau d’une mariée suicidaire, d’une automobiliste victime d’un accident, d’une maman qui saute dans une rivière pour sauver son enfant... Le moins qu’on puisse dire, c’est que les contrats de Nancy Bouchard se suivent et ne se ressemblent pas. Cascadeuse de profession, la jeune femme carbure aux défis!



Nancy Bouchard a effectué sa première cascade en 2006: «Dans la série télé Live Once, Die Twice, je doublais une comédienne dont le personnage était assassiné à bord d’un yacht. On la jetait par-dessus bord, les mains attachées et un sac sur la tête, après lui avoir tiré dessus.»


Copie conforme

Ancienne adepte de gymnastique sportive, elle a instantanément eu la piqûre pour le métier de cascadeuse, où l’adrénaline est toujours au rendez-vous. Neuf ans après ses débuts, elle gagne sa vie en doublant des comédiennes durant des scènes d’action, au petit et au grand écran.

«J’ai réalisé mes plus récentes cascades dans la série Blue Moon, actuellement en tournage. Je devais doubler Karine Vanasse, mais elle a effectué elle-même la plupart de ses cascades. Il faut dire qu’elle s’est entraînée fort pour interpréter le rôle de Justine Laurier, une démineuse de l’armée canadienne qui revient au pays. Elle est dans une forme incroyable! J’ai tout de même réalisé une cascade en voiture dans cette série, en plus de camper une réceptionniste. L’été dernier, j’ai aussi participé au tournage de la série américaine The Art of More, qui met en vedette Dennis Quaid. Je campais une passante qui se faisait bousculer dans la rue par un des personnages principaux; on me verra donc à l’écran telle que je suis dans la vie. C’est plutôt rare puisque, habituellement, les équipes mettent tout en œuvre — vêtements, perruque, maquillage — pour que je ressemble le plus possible à la comédienne que je remplace. Grâce à divers angles de caméras et à la magie du montage, on n’y voit que du feu!» explique Nancy.


Torche humaine et eau glacée

Les flammes, l’eau, les hauteurs... Dans le cadre de son métier, Nancy est amenée à braver plusieurs dangers. «Dans le film The Moth Diaries, je me suis glissée dans la peau d’une écolière prisonnière d’un cercueil en feu. Comme on m’apercevait de face, les responsables des effets spéciaux ont réalisé un masque en moulant le visage de la comédienne. En dessous du costume, je portais une combinaison protectrice, j’étais enduite de gel contre la chaleur et j’avais une bouteille d’oxygène. Malgré toutes les précautions prises sur le plateau, le feu reste un élément difficile à maîtriser. Les flammes se sont emparées du décor avant que l’équipe technique réussisse à éteindre le brasier à l’aide d’extincteurs. Laissez-moi vous dire que j’ai eu chaud! (rires) Cette cascade est la plus spectaculaire que j’ai réalisée jusqu’à présent.»

Après la chaleur, le froid... Lors du tournage de la série télévisée Le mal par le mal, le personnage qu’incarnait la comédienne Gillian Zinser (qu’on a pu voir dans Beverly Hills, 90210: nouvelle génération) devait sauter dans une rivière pour sauver son enfant de la noyade.

«Le jour où nous avons répété la scène, le temps était superbe et idéal pour la baignade, mais le jour du tournage, l’eau était hyper froide. Comme le costume de la comédienne était déjà confectionné — un chandail à manches trois quarts et à l’encolure en V, etc. —, la combinaison étanche que je portais avait été coupée de façon à ce qu’elle soit dissimulée sous le vêtement. Ma tête, mon cou et mes bras étaient exposés à l’eau glaciale. Malgré tout, ç’a été une expérience magnifique.»

En raison du type de vêtements que portent les comédiennes qu’elles remplacent, les cascadeuses sont souvent moins bien protégées que leurs collègues masculins. «Courir en talons hauts, débouler des escaliers en jupe et en chemisier ajusté... C’est difficile de dissimuler des protège-coudes et des protège-genoux sous des vêtements féminins. J’ai même déjà effectué une cascade en déshabillé, ce qui m’a valu quelques ecchymoses!» affirme la jeune femme.


Cascadeuse et maman

Parmi les cascades qui figurent sur le CV de Nancy Bouchard, celle qu’elle a réalisée dans le film Amber Alert retient l’attention. «J’incarnais une mariée qui avait l’intention de mettre fin à ses jours en se jetant du haut d’un édifice de sept étages. J’ai passé un après-midi juchée sur le bord d’une corniche, à 70 pi de hauteur, en compagnie d’une autre cascadeuse qui doublait le personnage de la policière.»

La jeune femme ressent-elle un frisson avant d’effectuer une cascade? «Bien sûr! Même si les risques sont calculés, chaque cascade me rend fébrile. Le jour où je ne ressentirai plus d’adrénaline, il sera temps pour moi de passer à autre chose. Auparavant, je me lançais dans l’action avec une certaine insouciance, mais depuis que je suis mère, je suis plus consciente des aléas du métier. Cela dit, la force mentale est bien plus sollicitée que l’agilité physique au cours d’une cascade. Savoir gérer ses peurs, c’est primordial sur un plateau de tournage.»

Stéphane Lefebvre, le conjoint de Nancy Bouchard, est cascadeur et coordonnateur de cascades depuis plusieurs années. Est-ce un avantage ou un inconvénient pour des amoureux d’exercer le même métier? «Un peu des deux! (rires) Lorsque Stéphane retient mes services sur un plateau, il met la barre plus haut, car il sait ce dont je suis capable. Le milieu des cascadeurs est hautement compétitif: il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. On doit sans cesse se surpasser.»

La spécialité de Nancy est la cascade en voiture. «Dans Mommy, j’ai pris la place d’Anne Dorval dans une scène où la voiture de son personnage se fait emboutir à une intersection. Dans le film Paul à Québec, j’effectue également une cascade en voiture. Par ailleurs, pour le plaisir, je m’entraîne à conduire sur deux roues. Cela me servira peut-être un jour sur un plateau de tournage, qui sait?»