Télévision / Reportages

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Les métiers de la télé
Sur le plateau du film Rising Sun / Photo: Collection personnelle

Les métiers de la télé

Cascadeurs: Accros à l'adrénaline

Nathalie Slight/TV Hebdo - 2013-05-29 16:31:17

Au Québec, on compte à peine 20 cascadeurs, dont 5 femmes. Ils sont peu nombreux, mais leurs prouesses ne passent jamais inaperçues et leur réputation s’étend souvent bien au-delà de nos frontières. Bagarres, collisions de voitures, chutes vertigineuses, torches humaines... Nul doute, les cascadeurs ajoutent du piquant aux histoires du petit et du grand écran! 

 

 

Stéphane Lefebvre

Bien connu des producteurs canadiens, américains et européens, Stéphane Lefebvre coordonne et effectue lui-même des cascades depuis plus de 30 ans. Malgré tout, il n’a rien d’un casse-cou, car, selon lui, tous les risques qu’il prend sont calculés. Il est d’ailleurs derrière «la» cascade qui a attiré l’attention au petit écran cette année. 

La cascade de l’année

À la télévision québécoise, il est plutôt inhabituel qu’une même intrigue alimente deux téléromans, comme ç’a été le cas récemment avec le procès d’Alicia dans Yamaska et Toute la vérité. Et l’action était au rendez-vous: Olivier (Émile Mailhiot) effectuait une chute spectaculaire après avoir été poussé par son ex, Alicia (Audréane Carrier), en plein palais de justice. «J’aurais adoré effectuer moi-même cette cascade, mais le comédien qui incarne Olivier me dépasse d’au moins quatre pouces. J’ai donc eu recours aux services du cascadeur François Gauthier, qui a eu la chance de se glisser dans la peau du personnage.» 

Cette cascade comportait plusieurs degrés de difficulté, puisqu’elle devait s’effectuer en trois temps. Le cascadeur devait d’abord passer par-dessus la rampe de la mezzanine, atterrir de dos sur une table, huit pieds plus bas, puis débouler quelques marches. «Nous n’avons fait qu’une seule prise, filmée par plusieurs caméras. Afin de bien se protéger, François Gauthier avait enfilé des protections pour les coudes, les genoux et les hanches. En insérant des prothèses en gel de silicone très minces sous les vêtements du cascadeur, on évite l’effet “joueur de football”. Grâce à la magie du montage, les téléspectateurs ont cru que le comédien avait lui-même effectué la cascade. C’est donc mission accomplie!» s’exclame Stéphane Lefebvre, à la tête de la compagnie Action Stunts.

Pas de place pour l’imprévu

Si certains croient que le stress monte avant une cascade, détrompez-vous: «Tout est calculé. Je choisis toujours le bon cascadeur pour chaque action et je me sens totalement en confiance. François Gauthier est un champion de rodéo. Les chutes et les impacts, il connaît ça! Il sait exactement comment tomber pour éviter les blessures.»

Stéphane coordonne présentement les cascades de voitures de la mégaproduction cinématographique Brick Mansions, réalisée par Luc Besson et mettant en vedette Paul Walker, un remake américain du film français Banlieue 13

 

Héléna Laliberté

C’est par un pur hasard

qu’Héléna Laliberté s’est retrouvée sur un plateau, en 1993. «D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours adoré les chevaux. Dès que j’ai eu l’âge d’en avoir, j’ai eu mon premier poulain. Lors du tournage du film américain Squanto à Montréal, on m’a engagée pour que je prenne soin des chevaux. Quand l’une des bêtes s’est énervée, je suis rapidement intervenue pour arrêter l’animal qui tentait de fuir et éviter ainsi un accident. Les comédiens et figurants croyaient que cette réaction faisait partie du scénario, mais non! Je me suis fait remarquer par l’équipe de production, et c’est de cette façon que j’ai commencé à travailler à la télévision et au cinéma», confie la cascadeuse, qui compte aujourd’hui 20 ans de métier. 

La collision du Dr Roche

C’est d’ailleurs Héléna qui a coordonné la cascade de la série Trauma où l’on voit David Roche (Christian Bégin) heurter Christine St-Cyr (Marie-Évelyne Lessard) avec sa voiture. «Parce qu’il texte au volant, David aperçoit trop tard l’infirmière, qui traverse la rue, et sa voiture heurte la jeune femme de plein fouet. Une semaine s’est écoulée entre le moment où j’ai reçu le scénario et celui où nous avons tourné la cascade. J’ai retenu les services d’une cascadeuse pour doubler la comédienne lors de l’impact. Comme Marie-Évelyne est mulâtre, la cascadeuse a été maquillée et elle a dû porter une perruque. Dans le feu de l’action, on n’y voit que du feu! 

Héléna Laliberté travaille présentement à Toronto sur le plateau du film américain Pompéi. Elle est responsable de toutes les cascades impliquant des chevaux.


 

Alexandre Cadieux  

Dans une série comme Trauma, qui porte sur les interventions d’urgence effectuées par une équipe de traumatologie, il n’est pas rare de voir des cascades, toutes plus époustouflantes les unes que les autres. Alexandre Cadieux en sait quelque chose! «J’ai réalisé la plupart des cascades des premières saisons de Trauma. Mon plus beau souvenir a été de reproduire le suicide d’un employé de l’hôpital en sautant d’un toit, sous les yeux horrifiés de Julie Lemieux (Isabel Richer). J’ai effectué moi-même la chute de 45 pi, ce qui équivaut à la hauteur d’un immeuble de quatre étages. Des chutes en hauteur, j’en ai fait plusieurs! Mais le niveau de difficulté était amplifié pour celle-ci, puisque le mouvement devait s’effectuer en continu, c’est-à-dire que je devais marcher et sauter du toit d’un seul trait, sans jamais m’arrêter. Nous avons dû installer des repères visuels sur le toit pour indiquer l’endroit exact où je devais sauter afin d’arriver au centre du matelas gonflable, au sol. Ne pas voir le matelas avant de sauter a représenté un beau défi pour moi!» explique avec enthousiasme le cascadeur et fondateur de Sumo Stunts.

Un pro des arts martiaux 

Alexandre a aussi coordonné la scène de bagarre de Trauma où l’on voit Guillaume Lemay-Thivierge dans la peau d’un policier qui tire sur un citoyen. «J’affectionne particulièrement les scènes de bagarres, puisque j’ai commencé le métier de cascadeur en pratiquant des arts martiaux. Je suivais des cours de karaté avec Jean Frenette, un coordonnateur de cascades. Il m’a engagé pour effectuer une bagarre dans un film, et j’ai eu la piqûre! Ça dure depuis maintenant 17 ans!» 

Aujourd’hui, le travail des cascadeurs québécois est hautement reconnu sur les plateaux américains et européens. «Nous avons la réputation de réaliser des cascades époustouflantes avec peu de moyens.»