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Rencontre avec l'interprère de Rachel dans «Yamaska»
Nathalie Mallette © Marco Weber

Rencontre avec l'interprère de Rachel dans «Yamaska»

Nathalie Mallette

Michèle Lemieux / TV Hebdo - 2014-03-14 14:39:24

Il y a quelques semaines, dans le téléroman Yamaska, Rachel a mis fin à ses jours. Son interprète, Nathalie Mallette, a eu à cœur d’exprimer à travers ce rôle la plus grande détresse possible, et c’est avec justesse qu’elle a rendu la souffrance de Rachel jusqu’à la fin. Elle nous explique comment elle compose avec la disparition de son personnage.



Rachel, qui avait recommencé à consommer de l’alcool et des médicaments, n’arrivait pas à reprendre le dessus. Après qu’elle a subi une nouvelle cure de désintoxication, ses proches espéraient qu’elle se remettrait sur pied, mais elle souffrait encore d’un mal de vivre insupportable. L’idée de mettre fin à ses jours a germé et, ces dernières semaines, on l’a vue planifier son coup discrètement.


Un suicide plannifié

«Rachel sortait de thérapie, et son entourage pensait qu’elle allait mieux, mais elle préparait son suicide, rappelle la comédienne. Elle a fait son mea-culpa. Elle a pris le temps de mettre ses papiers en ordre, de faire son testament et de laisser une lettre d’adieu à son fils.»

Même si Nathalie Mallette explique qu’elle n’a pas «côtoyé personnellement» le suicide, elle peut être fière d’avoir si bien rendu la souffrance de Rachel que beaucoup de gens se sont reconnus ou ont reconnu un proche dans cette femme en détresse.

«Plusieurs personnes m’ont dit qu’elles avaient reconnu leur frère, leur sœur ou leur femme en Rachel, dit-elle. C’est vraiment émouvant de constater à quel point l’histoire de Rachel a touché le public. J’ai pris conscience du nombre de gens qui sont aux prises avec cette souffrance.»


Un deuil

«Il y a un an, Michel d’Astous (l’auteur de la série avec Anne Boyer) m’a téléphoné pour m’annoncer la nouvelle, poursuit Nathalie Mallette. Anne et lui ont fait preuve d’une grande délicatesse. Je connais des acteurs qui ont appris en lisant leurs textes, une semaine avant le tournage de l’épisode, que leur personnage mourrait. Moi, j’ai vécu tout le contraire: ça s’est fait avec doigté.»

Un certain temps avant ce coup de fil, les auteurs avaient manifesté le désir d’aborder de nouveau le thème du suicide, qu’ils avaient effleuré précédemment avec Samuel, le fils de Rachel. «Ils voulaient aller au bout du sujet, raconte la comédienne. Et, sincèrement, Rachel était le meilleur personnage pour ce faire.»

Quoi qu’il en soit, Nathalie Mallette a éprouvé une grande tristesse à l’idée de quitter à la fois un personnage et une équipe qui était presque devenue une famille. «J’ai eu un choc, car je ne m’y attendais pas, souligne-t-elle. C’est difficile d’apprendre que son personnage va mourir. J’avais aussi de la peine de perdre la “famille professionnelle” que je fréquentais depuis quatre ans.

C’était toujours un grand bonheur pour moi de me retrouver sur le plateau. J’ai beaucoup pleuré et j’ai mis du temps à accepter la fin de cette belle aventure. En même temps, quand on joue dans un téléroman qui s’étend sur des années, c’est normal qu’il y ait des naissances et des morts, des unions et des séparations. Il faut qu’il se passe quelque chose!»

Évidemment, le suicide de Rachel aura des répercussions sur les autres personnages. «Je présume que la souffrance et la culpabilité de son entourage seront grandes, dit Nathalie. Pour Samuel, les choses seront sûrement très difficiles. Il a lui-même déjà fait une tentative de suicide.»

Parallèlement à ce deuil professionnel, la comédienne a vécu un drame personnel. «Deux semaines avant la fin du tournage, Robert (De Bellefeuille, son conjoint et le père de sa fille) avait été victime d’un accident. Je ne me possédais plus tant j’avais de la peine.»


Des retombées positives?

La dernière fois que Nathalie avait eu à exprimer une détresse aussi profonde, c’était dans Miséricorde. «La série traitait aussi de la dépression et du suicide, rappelle-t-elle. J’incarnais une femme qui éprouvait une grande souffrance.» Rappelons que son personnage dans Vice caché était aussi mort à l’écran. «Il avait été frappé par une voiture, précise-t-elle. C’était soudain.»

La comédienne trouve-t-elle particulièrement difficile de jouer la mort d’un personnage? «C’est technique, répond-elle. On ferme les yeux, et le tour est joué. Dans la scène de la mort de Rachel, j’étais étendue sur une civière. Ce qui était étrange, c’était de jouer la mort de Rachel avant de boucler mes dernières scènes.»

Nathalie Mallette espère que la fin tragique de son personnage déclenchera une prise de conscience chez le public. «J’ose croire qu’elle permettra aux gens de se rendre compte que le suicide n’est jamais une solution, note-t-elle. Cela fait tellement souffrir les proches!»
Par ailleurs, la comédienne, qu’on peut voir dans la quotidienne 30 vies, se dit prête pour un autre projet. «Et si on reprenait Histoires de filles, 15 ans plus tard?» suggère-t-elle.