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Rencontre | Chantal Cadieux, auteure de la série une autre histoire (À découvrir en 2018-2019)
Chantal Cadieux Photo : Jean Langevin

Rencontre | Chantal Cadieux, auteure de la série une autre histoire (À découvrir en 2018-2019)

«Je me suis demandé pourquoi des femmes quittaient leur famille»

Par Annie Hogue/TV hebdo - 2018-05-14 22:27:12

La saison prochaine, l’auteure Chantal Cadieux (Providence, Mémoires vives) nous reviendra avec une nouvelle série. Celle-ci racontera l’histoire d’Anémone, une femme au passé trouble qui apprend qu’elle souffre d’alzheimer précoce. Mettant en vedette Marina Orsini, Une autre histoire plaira certainement à de nombreux téléspectateurs. Chantal Cadieux nous en dit plus sur sa création.

Chantal, depuis quand travailles-tu à cette nouvelle série?

Parfois, un projet est en développement pendant deux ou trois ans, mais dans le cas d’Une autre histoire, les choses sont allées plus rapidement. J’ai fini d’écrire Mémoires vives au printemps dernier. J’ai ensuite pris trois mois de congé d’écriture. J’en ai profité pour aller sur le plateau de tournage, ce que je fais rarement. J’ai discuté avec Sylvie Denis, ma script-éditrice. Nous parlions du rôle de mère, et je me suis mise à penser à ce qui arrivait à une famille dont la maman partait. Je me suis demandé pourquoi des femmes quittaient leur famille. J’ai alors commencé à imaginer ma nouvelle histoire. J’ai commencé à l’écrire à l’automne, et j’ai appris après les fêtes qu’elle serait réalisée. Elle sera à l’antenne la saison prochaine, mais le diffuseur, Radio-Canada, n’a pas encore décidé si ce serait à l’automne ou à l’hiver.

Pourquoi avoir eu envie de parler d’alzheimer, la maladie dont souffre le personnage principal?

La mémoire m’intéresse autant que la vie et la mort. À cinq ans, j’ai été très malade et j’aurais pu mourir. Je ne sais pas si c’en est la cause, mais la mort et la maladie sont des sujets récurrents dans mes scénarios. Dans la nouvelle série, la famille reste un sujet important, mais j’espère que les gens verront que j’ai su me renouveler. Pour en revenir à la mémoire, je dirais même qu’elle m’obsède. Une autre histoire parle d’une femme qui a tout quitté et qui a tout fait pour oublier son ancienne vie. Quand Anémone apprend qu’elle a cette maladie, elle sait qu’elle oubliera tout pour vrai; ce n’est plus elle qui décidera. L’alzheimer précoce peut être héréditaire. Dans ce cas, les enfants de la personne atteinte courent 50 % de risques d’être porteurs et, donc, de développer la maladie. Un neurologue spécialisé dans le domaine m’a expliqué que, selon les statistiques, les enfants porteurs seront frappés par l’alzheimer environ au même âge que leur parent, à cinq ans près. On peut être atteint très jeune. 

La maladie est présente dans plusieurs de tes séries...

Oui. Dans Providence, Lili-Mai (Ève Lemieux) avait la fibrose kystique et, dans Mémoires vives, nous avons parlé de parkinson, notamment par l’entremise de Jacques (Gilles Renaud). Je suis un peu hypocondriaque et, enfant, je voulais devenir médecin. Le fait de connaître la maladie, de m’informer et d’en parler m’aide à dédramatiser les situations. 

Comment as-tu choisi le titre Une autre histoire?

Les gens me demandaient souvent: «As-tu une autre histoire à nous raconter?» J’aime les histoires — je l’ai compris il y a longtemps — et c’est comme ça que m’est venu le titre.

Qui est Anémone?

C’est une femme qui a eu des enfants très jeune. Elle vivait une situation de couple difficile et elle a dû quitter sa famille 30 ans auparavant. Le plus jeune enfant de cette première union ne se souvient pas d’elle; ils ne se sont jamais revus. Aujourd’hui, Anémone a une nouvelle famille. Quand elle reçoit un diagnostic d’alzheimer, elle se demande si elle doit retrouver ses premiers enfants pour le leur annoncer. Il y a deux familles dans Une autre histoire, c’est une sorte de «série chorale». Caroline (Debbie Lynch-White), la fille aînée de la première famille, croit même que son père a tué sa mère, car il y avait beaucoup de violence à la maison.

Quel est le ton de la série?

Au début, chaque personnage commence quelque chose de nouveau. Les téléspectateurs découvriront au fur et à mesure les liens entre les protagonistes et les situations. L’histoire peut sembler complexe, mais elle ne l’est pas. Je voulais d’ailleurs que les gens distinguent clairement les deux familles. Les membres de l’une d’elles sont blonds, et ceux de l’autre ont les cheveux plus foncés. Je souhaite qu’on perçoive la série comme une émission «feel good», en quelque sorte. Elle a aussi une certaine part de mystère.

Tu as situé l’action à Belleville, un endroit fictif...

Oui. C’est une petite ville québécoise, de la taille de Joliette peut-être. Dans mon imagination, elle se trouve près du fleuve, et plus près de Québec que de Montréal. Je sais qu’il y a une municipalité de Belleville en Ontario... Pour Providence, c’était un peu la même chose: il existait une ville du nom de Providence dans le Rhode Island, aux États-Unis. On y a suivi le personnage de Laurent (Luc Proulx). L’action d’Une autre histoire est située dans une petite ville parce que les gens s’y connaissent. C’est très familial. 

À quel endroit le tournage a-t-il lieu?

La plupart des scènes sont tournées à Varennes. Aucun décor n’a été créé, nous avons plutôt loué des lieux de tournage. 

Anémone exerce un métier peu commun, celui de thanatopractrice. Pourquoi avoir choisi ce métier?

La mort étant un sujet qui fait peur, j’ai choisi d’en parler afin de la rendre moins dramatique. Au moment où Anémone a quitté sa famille, 30 ans auparavant, elle s’est réfugiée dans une maison pour femmes violentées. Elle a été accueillie par Lise (Danielle Proulx), qui voulait rendre les femmes le plus autonomes possible et qui lui a trouvé un premier emploi. Anémone a commencé à faire le ménage dans un salon funéraire. Elle n’avait pas envie de raconter son histoire et savait que les morts ne lui poseraient pas de questions. Pour aider le propriétaire, elle s’est mise à maquiller les morts et, plus tard, elle a fini par recevoir une formation. Le métier est devenu pour elle une passion et l’a amenée vers la rédemption. Au début de la série, un nouveau directeur arrive au salon funéraire. Cet homme cache des choses...

Avais-tu Marina Orsini en tête dès le début pour incarner Anémone?

Dans l’écriture d’un scénario, je pense rarement à quelqu’un en particulier. Il m’arrive d’imaginer certains amis dans des rôles, mais le métier nous surprend souvent de belle façon. Pour éviter de me faire trop d’idées et d’être déçue, j’attends les confirmations des acteurs. Dans ma tête, le personnage d’Anémone était un peu plus vieux que Marina, mais quand on a pensé à elle et qu’elle a accepté, je l’ai rajeuni. Depuis que je sais qu’elle est mon Anémone, je l’entends dans ma tête.

Seras-tu entourée de la même équipe dans cette série que dans Mémoires vives?

Ma script-éditrice Sylvie Denis sera là, accompagnée d’une collègue, Marie-Claude Trépanier. Chacune s’occupe d’une moitié des épisodes. Et je travaillerai de nouveau avec la réalisatrice Brigitte Couture. 

En termes de longévité, quelle est ta vision pour Une autre histoire?

Mon idéal est cinq saisons. J’aime installer mon histoire et mes personnages. Par contre, j’avoue que c’est beaucoup de travail!