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Rencontre | Pierre-Luc Brillant
Pierre-Luc Brillant | Photo : Serge Gauvin

Rencontre | Pierre-Luc Brillant

«À chaque tournage, il y a des gens qui nous marquent»

Par Steve Martin/TV hebdo - 2019-07-04 22:48:42

Acteur, musicien, chanteur... on peut dire que Pierre-Luc Brillant a plus d’une corde à sa guitare! Nous avons fait un petit voyage dans le temps avec cet artiste parfois taciturne, qui a lui-même entrepris de lancer sa carrière alors qu’il n’était encore qu’un gamin.

 

Pierre-Luc, tu as commencé dans le métier alors que tu étais enfant. Comment tout ça a débuté pour toi?

Ça a commencé par une annonce à la radio. On cherchait de jeunes comédiens pour une émission qui s’appelait Chop Suey. J’avais 10 ans à l’époque et j’ai écrit une lettre d’intention à la production. Une dame m’a répondu. Elle me parlait d’une agence pour les enfants. Elle m’a fait passer une audition et après, elle m’a donné des cours tous les samedis pendant quelques mois. 

Tu n’avais pas suivi d’atelier avant ça? 

Non. J’étais très jeune. Mes parents étaient plus ou moins chauds à l’idée que je me lance dans ça. Il fallait qu’ils viennent me mener à Montréal tous les samedis. Par la suite, ils m’ont permis de passer l’audition pour Tirelire, Combines & Cie, et j’ai décroché le rôle. C’est à partir de là que ça s’est mis à rouler, au grand dam de mes parents. (rires

Tu as été chanceux. C’était la belle époque des Contes pour tous, à un moment où il se produisait beaucoup moins de films au Québec.

Oui. Ç’a été une des expériences les plus marquantes de ma jeunesse et de ma vie. Le cercle de comédiens est resté très lié pendant l’adolescence: Vincent Bolduc, Delphine Piperni... Ça m’a appris que j’avais une réelle passion pour le métier et que je voulais continuer. Ça m’a fait rencontrer des gens. Aujourd’hui, je trouve ça hallucinant d’avoir vécu ça.

Tu as fait d’autres films par la suite. As-tu été soutenu par les comédiens, ou as-tu eu des mentors pour t’aider à cheminer?

Oui. Il y a eu des gens qui m’ont beaucoup marqué par leur sagesse. Je pense entre autres à Julien Poulin, que j’avais rencontré sur le plateau des Orphelins de Duplessis. Son discours m’avait vraiment frappé. Ça m’avait nourri. Je trouvais qu’il expliquait très bien ce qu’était ce métier-là. Et puis, il me disait qu’il me trouvait très bon. Il me donnait des conseils en me disant: «Tu as du talent. Vas-y fort, mais fais attention à ceci, fais attention à cela.» Après, il y a eu Jean-Marc Vallée, qui a été une grande source d’inspiration sur des plans concrets durant le tournage de C.R.A.Z.Y. À chaque tournage, il y a des gens qu’on rencontre et qui nous marquent.

Quand tu as lu la première fois sur Raymond, ton personnage dans C.R.A.Z.Y., est-ce que tu as compris que ce film allait marquer notre cinéma?

Oui! Ça se lisait comme un roman. L’idée originale est de François Boulay, mais c’est Jean-Marc qui a signé le scénario et c’est quelqu’un qui écrit merveilleusement bien. Il est très minutieux. Lui-même me disait, quand on s’est rencontrés en préproduction: «Tu vas voir, c’est un film qui va marquer l’histoire du cinéma québécois!» Je me suis dit: «OK, il ne se prend pas pour un 7Up!» (rires) Et il avait raison. Ce n’était pas prétentieux, c’était vrai!

Les comédiens aiment souvent les séries d’époque, car elles les sortent de leur univers habituel. Comment as-tu trouvé l’expérience de Nos étés?

J’ai trouvé ça dur, parce c’était un personnage loin de moi. C’était moins naturel, donc plus difficile à défendre. Cela dit, quelque chose d’intéressant est arrivé avec le personnage, c’est qu’il s’affichait gai à une époque où ce n’était pas «permis». J’ai aimé ça, il y avait quelque chose à défendre, mais au début, c’était plus un personnage «Gros-Jean comme devant», un bon gars… Ce sont toujours des personnages difficiles à maintenir. En plus, il y avait le niveau de langage qui était assez spécial dans Nos étés. Cela dit, j’ai aimé cette expérience. J’étais content de me lever le matin pour aller travailler. 

On a pu te voir jouer ton propre rôle dans un épisode de la comédie Les Invisibles avec Sophie Lorain. C’était un clin d’œil amusant à Au secours de Béatrice!

Un petit clin d’œil à quatre ans de travail en commun. C’était très sympathique de la revoir ainsi que tous les amis de l’équipe de tournage. C’était les mêmes que dans Béatrice. Après, tu rentres chez toi et c’est fini. C’était comme retourner avec des gens avec qui j’ai adoré travailler et là, je me disais: «Ah non, ce n’est plus ton tour!» 

Souvent après plus de trois ou quatre années à jouer dans une série, les comédiens peuvent avoir le blues une fois l’aventure terminée. 

Surtout quand ce sont de belles équipes et qu’on a des super conditions de tournage. On tournait en plan-séquence sur Béatrice et on en faisait quatre ou cinq par jour, ce qui faisait qu’on pouvait finir trois ou quatre heures plus tôt. On n’avait pas l’impression d’être surmené et on avait plus de temps pour travailler nos personnages, pour répéter. Aujourd’hui, la norme, c’est de tourner plus que nous n’avons de répétitions. Ça a un impact sur le résultat. 

As-tu eu des modèles dans le métier?

Je me souviens d’un film qui s’appelait La gammick, de Jacques Godbout, qui m’avait fasciné. Et des acteurs de l’époque, comme Guy L’Écuyer, qui ont cette espèce de bonhomie et de profondeur en même temps. Ils jouent d’une façon si détachée qu’on dirait presque qu’ils ne sont pas bons, et pourtant, ils sont hallucinants. C’est un type de jeu que j’adore. Du côté de la France, il y a eu le jeune Depardieu, Patricke Dewaere aussi, que je trouve toujours formidable quand je revois ses films. 

Et du côté américain?

Il y a beaucoup d’éléments, et non UN acteur fétiche. Ce sont des façons de jouer, des styles... Tu prends les cinq premiers films de Marlon Brando, Dustin Hoffman, Jack Nicholson, Robert de Niro, Al Pacino et ce sont toutes de grandes productions qui ont marqué l’histoire du cinéma. Ce sont des acteurs fascinants.