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Sur le plateau de la série «Le berceau des anges»
Victoria Sanchez, Sébastien Delorme, Isabelle Blais, Ève Duranceau, Marianne Fortier et Marie-Ève Milot. © Frédéric Auclair

Sur le plateau de la série «Le berceau des anges»

Scandale dans le Québec des années 50

Marie-Hélène Goulet / TV Hebdo - 2014-06-04 16:25:20

Sous la lumière du printemps, Ricardo Trogi arpente le mont Royal afin de tourner un sombre pan de notre histoire pour le compte de Séries+. Le berceau des anges, qui met en vedette Marianne Fortier, Sébastien Delorme et Isabelle Blais, dévoile un honteux trafic de bébés qui a existé au Québec il y a 60 ans.




L'histoire

C’est le scandale qui a convaincu le coloré Ricardo Trogi de réaliser la nouvelle émission originale de Séries+, qui sera à l’antenne en 2015. Cette série de cinq épisodes, née des recherches de la productrice Sylvie Roy, raconte comment, au cours des années 50, les dirigeants de plusieurs cliniques privées québécoises ont recruté des filles-mères reniées par leur famille et les ont convaincues de leur céder leur bébé, qui était ensuite vendu au prix fort à un couple new-yorkais stérile.

Alors que leur rejeton pouvait valoir jusqu’à 10 000 $ sur le marché, les pauvres mamans recevaient, en échange de leur bébé, des bas de nylon, du chocolat et, parfois, la somme de 50 $. «À cette époque, l’assurance maladie n’existait pas, et un accouchement coûtait une cin­quantaine de dollars. Si une jeune fille tombait enceinte, qu’elle était sans moyens et qu’elle ne voulait pas que sa famille soit au courant de sa grossesse, elle se rendait à Montréal, lisait les petites annonces et allait dans une clinique où l’accouchement était gratuit.

En échange, on gardait son bébé et on lui assurait qu’il serait adopté», raconte Sylvie Roy. Selon les chiffres officiels, un millier de bébés ont traversé la frontière avec de faux papiers dans leur berceau.


Enceinte du fils d’un notaire

Le berceau des anges illustre les faits sur lesquels Jacques Savoie s’est appuyé pour écrire la série en racontant l’histoire fictive de Gabrielle Hébert (Marianne Fortier), une adolescente de 17 ans de Tadoussac qui a la malchance de tomber enceinte hors des liens sacrés du mariage.

Cette fille de cultivateurs amoureuse du fils d’un notaire espère naïvement garder son enfant lorsqu’elle arrive dans la métropole, mais son amoureux et elle n’appartiennent pas à la même classe sociale. «Toutes les filles-mères avaient de telles pensées. Elles se disaient: “Celui que j’aime viendra me chercher, et je garderai le bébé”, mais l’homme ne venait jamais. C’était la réalité de cette époque-là», affirme l’auteur du Berceau des anges, Jacques Savoie, qui a aussi écrit la minisérie Les orphelins de Duplessis.

Gabrielle croise la route de l’enquêteur Edgar McCoy (Sébastien Delorme), qui est chargé de faire la lumière sur ce trafic d’enfants. L’homme de loi est impliqué émotivement dans l’affaire, puisque sa femme, Alice (Isabelle Blais), et lui n’arrivent pas à fonder une famille. «En plus, comme mon personnage est un Irlandais protestant marié à une catholique, l’Église lui refuse le droit d’adopter», raconte Sébastien Delorme.

Désespérant d’avoir un enfant, Alice est attirée par les petites annonces des cliniques. «C’est une femme au foyer qui a beaucoup de temps libre. Mon défi, en tant que femme moderne, est de ne pas la juger: elle est de son époque», affirme Isabelle Blais.


Un drame poignant

Dans les années 50, avoir un enfant sans être marié était plus honteux que se livrer au trafic d’êtres humains. «Ça n’a pas d’allure de vendre des gens! dit Ricardo Trogi, scandalisé. Lorsqu’on m’a parlé de cette histoire, je n’ai pas voulu y croire. J’ai tout de suite demandé qui était impliqué dans ce trafic, quand, comment et où...» Le réalisateur a misé sur le personnage de Gabrielle pour offrir des réponses à ces questions. «La série décrit une enquête policière, mais elle raconte d’abord le drame que vit cette jeune fille enceinte.»

Le réalisateur a eu un coup de cœur pour l’interprète de Gabrielle, Marianne Fortier. Il a été renversé lorsqu’il a assisté à son audition. «Marianne fait partie du Top 5 des comédiennes avec qui j’ai travaillé depuis le début de ma carrière, souligne-t-il. Je le dis sans hésitation. Quelque chose se produit lorsqu’elle passe du réel à la caméra. Elle est vraiment touchante!»

Gildor Roy (dans le rôle d’un chef de police), Gaston Lepage (dans celui d’un prêtre) et Ève Duranceau et Victoria Sanchez (dans ceux d’enquêteuses) complètent la distribution du Berceau des anges.


Le trafic d’enfants: la vraie histoire

Avant que la série Le berceau des anges soit diffusée à Séries+, la chaîne Historia présentera un documentaire traitant de l’enquête sur le trafic d’enfants à Montréal. L’œuvre a été réalisée grâce aux recherches impressionnantes que Sylvie Roy a menées pour produire la série. Cette productrice a rencontré des mères célibataires de l’époque, des religieuses et même un des enfants vendus.

Ces derniers n’ayant aucun moyen de retracer leur origine, certains d’entre eux ont fondé une association qui les aide à retrouver leurs parents biologiques. Peu de gens connais­sent leur histoire parce que, à l’époque où le scandale a éclaté, le gouvernement de Duplessis, qui venait d’être entaché par l’histoire des orphelins, l’a habilement étouffée.


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Une garde-robe des années 50


Habiller plus de 350 acteurs et figurants de vêtements des années 50 représente tout un défi. Dans Le berceau des anges, c’est la créatrice de costumes Francesca Chamberland qui l’a relevé.


Francesca, depuis quand crées-tu des costumes?

Depuis 1976. J’étais alors habilleuse pour les cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux olympiques de Montréal. Au début, je ne voulais pas suivre les traces de ma mère (Nicoletta Massone, une créatrice de costumes connue qui a reçu le Grand prix de l’Académie au Gala des prix Gémeaux en 2012). Je travaillais pour payer mes études, mais mon destin m’a rattrapée.


Comment fais-tu pour habiller autant de gens dans le style des années 50?

Au fil des années, je me suis constitué une véritable caverne d’Ali Baba qui renferme des vêtements de toutes les époques. J’ai donc habillé la majorité des acteurs avec mes propres costumes. Toutefois, j’ai dû concevoir des habits pour les personnages masculins principaux, puisqu’il est difficile de trouver d’authentiques vestons des années 50 qui ne soient pas abîmés.

À cette époque, les hommes portaient leur veston longtemps. La mode féminine étant plus changeante, il est plus facile de dénicher de beaux articles féminins quasiment intacts, d’autant plus que la qualité des vêtements de ces années-là est mille fois supérieure à celle des nôtres. Les coutures, par exemple, sont à toute épreuve.


Où avez-vous trouvé vos trésors?

Dans des ventes débarras, des friperies et des magasins de vêtements usagés. Il est possible d’y trouver encore quelques pièces des années 50, mais elles se font de plus en plus rares. Il m’arrive aussi d’acheter des vêtements de particuliers, mais mes collègues de travail me chicanent chaque fois, car mon atelier déborde!


Y a-t-il d’autres morceaux que vous avez dû créer?

Mon équipe et moi avons créé plusieurs vêtements de maternité pour les filles-mères à partir de patrons authentiques. (Elle nous montre une jupe trouée au niveau du ventre, la façon de faire de l’époque en «mode maternité».) Nous avons aussi conçu des dizaines de fausses bedaines afin de représenter tous les stades d’une grossesse. Au cours des scènes qui se passent à l’Hôpital de la Rédemption, chaque fille porte un soutien-gorge plus ou moins rembourré, selon le stade de sa grossesse.


Il y a plusieurs personnages de religieuses dans la série. Possédez-vous des costumes authentiques venant des communautés religieuses?

Non. Nous avons élaboré les tenues et les coiffes des sœurs en nous inspirant des vêtements de plusieurs communautés afin qu’aucune d’entre elles ne se sente visée, sinon nous pourrions avoir des problèmes juridiques. À cause de certains films et de certaines séries, plusieurs communautés, particulièrement à Montréal, se méfient de l’industrie du cinéma et de la télévision. Il y a quelques années, j’ai d’ailleurs dû me rendre à une congrégation de Québec pour apprendre comment bien enfiler la coiffe des sœurs.


Avez-vous aimé habiller Marianne Fortier, Isabelle Blais et Sébastien Delorme?

C’est avec grand bonheur que j’ai retrouvé Marianne, que j’avais habillée dans Aurore, alors qu’elle n’était qu’une enfant. Elle a bien grandi, mais elle demeure la fille gentille et polie qu’elle était. Pour ce qui est d’Isabelle, l’essayage a été assez simple, puisque tout lui va. Son personnage représente la femme au foyer de l’époque, alors je lui ai choisi de belles robes d’intérieur. Enfin, j’ai fait faire sur mesure les habits de Sébastien. Dans les années 50, les hommes étaient plus petits que ceux d’aujourd’hui, et j’aime que mes costumes siéent parfaitement.