Télévision / Reportages

Partager
Sylvie Bernier: le jour où je n’ai pas pu plonger | Retourner à l'eau
Sylvie Bernier sur le lieu de l’accident. | Photo : © Radio-Canada

Sylvie Bernier: le jour où je n’ai pas pu plonger | Retourner à l'eau

Samedi 13 avril à 22 h 30, Radio-Canada

Par Alexe-Sandra Daigneault/TV hebdo - 2019-04-08 22:06:13

Le 24 juillet 2002, Sylvie Bernier assiste, impuissante, à la noyade de Raphaël, son neveu de cinq ans. Quinze ans plus tard, l’ancienne plongeuse olympique revient sur cet événement tragique dans un documentaire qui lui permet d’affronter son deuil, sa culpabilité et sa peur de l’eau.

 

Même si elle demeure la seule plongeuse canadienne à avoir remporté une médaille d’or aux Jeux olympiques, en 1984, Sylvie Bernier se tient loin des cours d’eau depuis longtemps. Traumatisée par la noyade de son neveu, elle a tourné le dos aux sports aquatiques pendant 15 ans avant de décider d’affronter ses démons, au cours de l’été 2018. On découvre son histoire dans Le jour où je n’ai pas pu plonger, un documentaire de Lisette Marcotte qui dévoile comment Sylvie et sa famille rendent hommage à la mémoire de Raphaël. 

Mémoires vives

Sylvie Bernier est bouleversée lorsqu’elle se rappelle la journée du 24 juillet 2002, qui s’annonçait pourtant parfaite. Invitée à par­ticiper à un souper-bénéfice du ZEC (zone d’exploitation contrôlée) de la rivière Nouvelle, en Gaspésie, Sylvie convie son frère, sa belle-sœur, ses deux neveux, son mari et ses trois filles à une excursion guidée en canot. La Nouvelle est tranquille, mais lorsque l’un des canots se renverse après avoir été poussé contre un amas de bois, le petit Raphaël se retrouve coincé sous l’embarcation, neuf pieds sous l’eau.

Le premier réflexe de Sylvie est de plonger pour aller chercher son neveu, mais son frère l’en empêche. Guidé par son instinct de survie, Jean-François est convaincu que le courant créé par l’embâcle aurait emporté sa sœur et il demeure en paix avec sa décision. Sylvie n’est pas du même avis et continue de combattre le sentiment de culpabilité qui l’a entraînée dans la dépression pendant plusieurs mois à la suite du décès de Raphaël. 

Le vent tourne

Pierre Gaudreault, le directeur général d’Aventure Écotourisme Québec, qui a failli démissionner après la tragédie, partage cette culpabilité. En effet, après avoir lu les 33 recommandations du rapport du coroner qui a enquêté sur le décès de Raphaël, il a réalisé que les Bernier avaient été victimes des embarcations mal adaptées, des guides mal formés et de l’encadrement défaillant du ZEC de la rivière Nouvelle. Le directeur général a donc décidé de resserrer la sécurité des entreprises membres de son association, même si aucune loi ne le force à le faire. 

Le guide d’aventures Jean-François Dubé, qui a participé à l’enquête du coroner, ajoute que la mort de Raphaël a provoqué bien des remises en question au sein de son industrie. Par crainte de vivre le même genre de drame, des compagnies telles qu’Expéditions Nouvelle Vague ont ainsi misé sur la sécurité, tout en réclamant des lois afin de forcer leurs concurrents à faire de même. Il faut dire que l’encadrement coûte cher et que les compagnies les moins sécuritaires sont aussi celles qui offrent les prix les plus alléchants. 

Tête première

Ces révélations réconfortent un peu Sylvie Bernier et sa famille, qui sont déjà impliquées dans des organismes de prévention et de sécurité tels que Nager pour survivre. Convaincus que la mort de Raphaël aurait pu être évitée, les Bernier espèrent ainsi donner un sens à leur douleur en éduquant les enfants du Québec, qui sont encore une soixantaine à mourir par noyade chaque année. 

Avec l’aide de spécialistes tels que le kayakiste François Leblanc-Nadeau et le biologiste Rémi Lesmerises, qui est également directeur du ZEC de la rivière Nouvelle, Sylvie comprend tout de même quelque chose de nouveau: malgré toute sa volonté et ses compétences olympiques, elle n’aurait jamais réussi à tirer Raphaël des flots. Voilà ce dont elle avait besoin pour renouer avec le plaisir de la pêche au saumon, du canot de rivière et du kayak de mer. Mais cela sera-t-il suffisant pour l’inciter à effectuer son premier plongeon en plus de 30 ans?