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«Un p’tit dernier pour la route»: Les adieux d’un grand
Paul Buissonneau © TQc

«Un p’tit dernier pour la route»: Les adieux d’un grand

Lundi 10 décembre, 21 h, TQc

Marie-Hélène Goulet/TV Hebdo - 2012-12-03 15:36:07

Il y a deux ans, Paul Buissonneau a clamé haut et fort qu’il préparait sa dernière mise en scène: ses funérailles. À force de crier à la mort, cette dernière l’a entendu et a bien failli le prendre de court avant son dernier rappel…

 

C’est un Paul Buissonneau bien affaibli que nous présente d’abord le réalisateur Mathieu Fontaine dans le documentaire Un p’tit dernier pour la route. On le retrouve, à l’été 2011, alité à l’Hôtel-Dieu, après qu’il a été «peut-être trop loin dans cet espace neutre, cette espèce de coma», comme il dit.

Sur sa civière, le comédien n’est plus que l’ombre de lui-même; il ne peut même plus marcher. 

«Quand tu es en pleine santé, tu peux dire des conneries, mais quand tu arrives au bout de ta vie et que des fatalités se présentent à toi, ferme ta gueule!» lance-t-il, à propos de son projet de funérailles.

La résurrection

Heureusement, au fil du documentaire, le rebelle autoproclamé reprend le dessus sur la maladie. Le gueulard renaît doucement de ses cendres, pour le plaisir de ceux qui l’admirent — et pour le plus grand malheur de quelques infirmières, parfois rudoyées par l’illustre patient. 

«Que ceux que j’ai engueulés ne soient pas choqués; c’est un plaisir pour moi d’engueuler le monde», explique-t-il. Après neuf mois de nourriture «pas mangeable», de «révolte» et d’exercices de marche, le malade rentre enfin chez lui avec Monik, celle qui partage sa vie depuis plus de 40 ans.

«Ma mort imminente a été refoulée», annonce-t-il alors au directeur général et artistique du Théâtre de Quat’Sous, Éric Jean. Reprenant là où il avait laissé avant son passage à l’hôpital, l’homme de 85 ans est décidé à planifier son hommage ultime. C’est au printemps dernier qu’il a finalement convié sa gang à ses «funérailles avant le temps», à son «party de non-revoir».

Rien n’est laissé au hasard, au cours de cette soirée au Théâtre de Quat’Sous, dirigée par le scénographe Mario Bouchard. Dans la salle de répétition, des photos de «Paulo» sont accrochées un peu partout. Une petite boîte à cigares est juchée en haut d’un escabeau, ce qui rappelle un portrait mythique du créateur contemplant du haut des airs son théâtre enfin terminé.

Bientôt 86 ans…

Alors que des passionnés de la scène, comme Yves Desgagnés, André Brassard, Andrée Lachapelle et Janine Sutto, se présentent à la fête, le principal «non-décédé», lui, n’y est pas. Trop faible pour se déplacer, il est là virtuellement, grâce à un écran devant lequel chacun lui témoigne son amour de vive voix et d’où il peut remercier les gens de l’avoir aidé durant son parcours. 

Son amie la comédienne Valérie Blais conclut la soirée par un texte qu’il a écrit il y a longtemps pour l’événement: «J’aurais voulu mourir passionnément, mais je n’ai qu’une peur bleue devant mon disparaître. Quand je pense à ce petit catéchisme qui me promettait l’assurance d’une vie dans un ailleurs illustré par des vierges plus bleuissantes que le ciel.» Le 24 décembre, Paul Buissonneau aura 86 ans. Il est encore parmi nous, mais ses adieux au monde ont déjà été faits, en bonne et due forme.